L’été américain

Depuis quelques années, l’hiver sud-américain se transforme en tournée estivale au Nord et par plusieurs stages et matchs amicaux organisés sur le sol américain. Pendant que certains joueurs prennent leurs vacances du côté de Vegas pour organiser diverses soirées d’autres organisent donc leur séjour américain non pas pour faire la tournée des casinos mais pour également s’adonner à des jeux d’argent et renflouer les caisses.

 

Car évidemment, si tout le Sud tourne la tête vers le Nord, la première raison est bien évidemment financière. Les Mexicains sont déjà habitués à organiser des rencontres amicales pour remplir les stades et générer de fortes entrées d’argent. De la sélection nationale, habituée aux amicaux sur les terres étasuniennes aux clubs, à l’image de l’América qui organise son Tour Águila avec au menu quatre matchs amicaux organisés cette année du 30 juin au 11 juillet à Dallas (face à Santos Laguna), McAllen (face à Pachuca), San Jose (face à Morelia), et Fresno (face à l’Atlas), les Mexicains ont depuis longtemps compris l’importance du marché que représente le public américain.

Les Européens ne sont pas en reste à l’image de l’énorme tournée que représente l’International Champions Cup. Organisé depuis 2013 cet énorme tournoi amical est tout simplement le plus puissant de la planète, il implique cette année des clubs comme Arsenal, Chelsea, Liverpool, Manchester City, Tottenham, Manchester United, Paris Saint Germain, Lyon, Bayern Münich, Borussia Dortmund, Inter, Milan, Juventus, Roma, Benfica, Atlético de Madrid, Real Madrid et Barcelona. L’entrée rapporte à chacun près de 15M€, le tournoi est désormais diffusé à l’international, il se joue dans 15 stades couvrant l’ensemble des États-Unis.

Il n’en fallait ainsi pas plus pour que les géants du Sud, notamment les Argentins n’en profitent pas pour venir à leur tour conquérir le marché américain. Cette année, Boca Juniors était à Sarasota, River Plate et le Racing étaient à Orlando. Tous trois en stage de préparation d’avant-saison. Du côté de Boca, le club s’est installé du côté de l’IMG Academy, invité (voyage et séjour) par Gatorade, l’un des sponsors. Les Xeneizes ont ensuite affronté un représentant de la MLS, le Colorado Rapids en amical à Denver. « Les États-Unis représentent un potentiel pour le football et possèdent des installations de premier ordre. Boca n’a rien payé pour voyager et a généré des entrées d’argent, fidélisé le public latino et établi des contacts pour l’avenir », témoigne ainsi le secrétaire général du club Christian Gribaudo. De plus, Boca a profité de sa présence sur les terres étatsuniennes pour présenter son nouveau maillot Nike. Rien n’est laissé au hasard.

Côté River et Racing, on a choisi Orlando et notamment pour les Millonarios l’énorme complexe Disney (où s’était déroulé la finale de la Supercopa Euroamericana 2016 entre Séville et Santa Fe, compétition mort-née opposant le vainqueur de l’Europa League à celui de la Copa Sudamericana). Là encore, des investissements minimes pour des gains importants, surtout côté marketing et pour nouer de nouveaux contacts, trouver de nouveaux partenaires. L’objectif est également d’ouvrir de nouveaux marchés télévisuels pour le football argentin, peu installé encore dans cette région du monde. C’est aussi pour cela qu’il y envoie ses meilleurs représentants.

L’argent n’est cependant pas le seul argument attractif pour l’Argentine et le Sud en général (les Colombiens et les Brésiliens s’aventurent également en terres étatsuniennes). Comme évoqué auparavant, alors que l’Argentine est en pleine intersaison hivernale, une pretemporada organisée au Nord permet de bénéficier de conditions climatiques plus favorables permises par l’été et le niveau des équipements permet aussi de travailler sérieusement. Reste un dernier argument, plus politique. Après la Copa América Centenario organisées aux États-Unis et qui aura été celle ayant généré le plus d’entrées d’argent de l’histoire, et qui pourrait revenir de manière plus régulière dans les années à venir, le Sud (à l’exception du Brésil) a soutenu le Nord pour l’organisation de la Coupe du Monde 2026 qui se disputera entre USA, Mexique, et Canada. Il attend ainsi un renvoi d’ascenseur avec le Nord soutien de la candidature Argentine – Uruguay – Paraguay pour l’organisation de la Coupe du Monde 2030, et cherche ainsi à renforcer ses liens avec le Nord et plus particulièrement les USA. C’est ainsi que la CONMEBOL cherche encore un moyen d’inviter des clubs de la CONCACAF à participer à la Copa Libertadores (rappelons que le Mexique y était invité jusqu’à 2017). C’est ainsi que l’on pourrait voir resurgir le vieux serpent de mer qu’est l’Americas Champions League, ce projet lancé en 2015 par Riccardo Silva, qui vise à regrouper Nord et Sud dans une énorme Ligue des Champions regroupant l’ensemble du continent. Une chose est sûre, les USA restent la cible numéro 1 du Sud dans sa conquête de nouveaux marchés.