| Lucarne sur : Dynamo Kiev (1ere partie) |
![]() Premier volet de notre dossier consacré au Dynamo, nous allons aujourd’hui nous intéresser à l’histoire du club de sa genèse à nos jours en pointant l’importance de l’Histoire sur le club phare du football ukrainien. Naissance et premiers pas du Dynamo. L’histoire du Dynamo reste bien évidemment liée au pouvoir soviétique. Le terme Dynamo désigne les plus anciennes sociétés sportives soviétiques et signifie « Puissance en mouvement » (Dynamo venant du grec δύναμις (dynamis) et du latin motio (mouvement)). A Kiev, le Dynamo fut fondé en 1927 par le NKVD (l’ancêtre du KGB) puis par le ministère de l’intérieur. D’ailleurs, les joueurs du club des années 50 à 80 seront officiers de la police et des forces armées de l’intérieur. Le premier match disputé par le Dynamo l’opposa au Dynamo Odessa (ancêtre du Chornomorets). En 1936, le Dynamo trouve une reconnaissance officielle en intégrant le premier championnat soviétique duquel il terminera second. Arrivera la guerre qui touchera l’Europe et au cours de laquelle le Dynamo connaîtra son premier rendez-vous avec l’Histoire. Le « Death Match ». Le 22 juin 1941, l’Allemagne envahit l’URSS. De nombreux joueurs du Dynamo vont alors rejoindre l’armée pour défendre leur pays et lorsque les allemands sont aux portes de la ville, ceux qui n’étaient pas partis au front vont alors se joindre aux défenses de la cité. Cela ne suffira pas : Kiev tombe aux mains de la Wehrmacht et de nombreux joueurs du Dynamo sont envoyés dans les camps. Mykola Trusevych, ancien gardien du Dynamo revient alors en ville. Il est alors embauché à la boulangerie tenue par Otto Schmidt, un ukrainien d’origine allemande et grand fan du Dynamo, qui décide alors en 1942 de créer une équipe de football, prétexte pour sauver quelques hommes (il sera perçu comme un Schindler ukrainien). Trusevych part alors à la recherche de ses anciens coéquipiers, ce qui aboutira à la naissance du FC Start (l'utilisation du nom Dynamo leur étant interdite) composé de 8 joueurs du Dynamo (Mykola Trusevych, Mikhail Svyridovskiy, Mykola Korotkykh, Oleksiy Klimenko, Fedir Tyutchev, Mikhail Putistin, Ivan Kuzmenko, Makar Goncharenko) et trois joueurs du Lokomotiv Kiev (Vladimir Balakin, Vasil Sukharev and Mikhail Melnyk). Très vite, le FC Start balaye tout sur son passage (écrasant l’ensemble des garnisons de soldats présentes sur les lieux). L’administration allemande, inquiète de l’impact des performances de ce club (que l’on peut considérer comme un club de résistants à l’occupant) sur le moral de ses troupes et sur la population locale, décide alors d’organiser un match contre l’équipe de la Luftwaffe, la Flakelf.Pourtant avertis qu’une victoire aurait des conséquences terribles sur leur vie, les joueurs du FC Start vont alors décider de jouer comme toujours et refuseront d’effectuer le salut nazi au début du match, lui préférant le traditionnel salut soviétique. La rencontre sera arbitrée par un nationaliste ukrainien et verra, comme tout le monde pouvait s’y attendre, les joueurs nazis accumuler les fautes sans être punis. Malgré cela, le FC Start parvient à prendre le contrôle du match et bascule même en tête à la pause (2-1 buts de Kuzmenko et Goncharenko). La seconde période verra le FC Start accentuer son avance pour finalement mener au 5 buts à 3. Comble de l’humiliation, Oleksiy Klimenko s’amusera de la défense allemande, éliminera le gardien puis, arrivé sur la ligne de but, renverra le ballon vers le rond central. L’histoire veut que la plupart des joueurs qui disputèrent ce match seront ensuite exécutés suite à cela. La thèse est aujourd’hui quelque peu réfutée mais il n’en demeure pas moins que la plupart des joueurs seront exécutés sous divers prétextes (sabotage, espionnage) et Makar Goncharenko, l'un des rares rescapés de cette histoire en sera le témoin officiel jusqu’à sa mort en 1998. Même si la version officielle de ce match est quelque peu contestée de nos jours notamment de part la récupération politique qui en sera fait dans les années soviétiques, il n’en demeure pas moins que l’histoire du FC Start, le Dynamo Kiev sous l’occupation, reste ancrée dans les mémoires du club et contribue de consolider l’image du Dynamo comme symbole de l’Ukraine. Les années soviétiques : le seul rival ukrainien. Pendant les années post-guerre, l’Ukraine revient sous le giron soviétique et le football se développe autour des grands clubs russes et le grand club ukrainien, le Dynamo son représentant officiel. C’est au cours de ces 40 ans que la lutte Kiev – Moscou va s’amplifier sur les pelouses. Le premier tournant intervient dès le début des années cinquante sous l’impulsion de l’entraîneur Oleh Oshenkov qui décide, alors que le club végétait essentiellement dans la seconde partie de classement, de faire appel aux jeunes pouces du club et de réformer le système d’entrainement. Les résultats ne se feront pas attendre : second du championnat en 1952, vainqueur de la Coupe d’URSS en 1954, régulièrement dans la première partie de tableau puis de nouveau second en 1960, Kiev est le porte drapeau ukrainien, le seul à rivaliser avec les grands clubs russes, essentiellement moscovites. Ce statut de porte drapeau sera renforcé par le premier titre conquis en 1961, faisant du Dynamo le premier club non basé à Moscou à remporter le championnat avec dans ses rangs, un certain Valeriy Lobanovskyi qui deviendra plus tard, le coach légendaire du club (nous y reviendrons). Le second tournant suite à ce titre coïncide avec l’arrivée de Viktor Maslov à la tête du club. Maslov fut l’un des entraîneurs les plus innovants de l’histoire du football européen en inventant le 4-4-2 et surtout en mettant en place un système basé sur le pressing, faisant de Viktor Maslov le créateur du football moderne. Sous son impulsion, en 6 saisons, le Dynamo va conquérir l’URSS en ravissant 2 Coupes et 3 championnats (auxquels il faut ajouter 2 secondes places). Après un intermède Oleksandr Sevydov avec lequel le Dynamo ravira un nouveau titre national, l’arrivée de Valeriy Lobanovskyi au poste d’entraîneur va littéralement bouleverser définitivement le club jusqu’à nos jours. Suivant les préceptes de Viktor Maslov mais ajoutant une approche quasi-scientifique, Lobanovskyi va faire du Dynamo, pas seulement une terreur nationale mais surtout un grand club européen emmené par deux futurs ballon d’or : Oleh Blokhin dans les années 70-80 et Ihor Belanov dans les années 80. Le palmarès du club sous sa tutelle résume l’impact de Lobanovskyi : pendant l’ère soviétique Kiev remporte 8 championnats (pour devenir l’équipe la plus titrée de l’histoire du championnat d’URSS), 6 coupe d’URSS, 3 Super Coupes d’URSS, remporte deux Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe (1975 et 1986), atteint deux demi-finales de Ligue des Champions (1977 et 1987) et remporte la Super Coupe d’Europe 1975 en s’imposant devant le Bayern des Sepp Maier, Franz Beckhenbauer et autres Gerd Müller. Sous Lobanovskyi, le Dynamo entrera définitivement dans la cours des grands clubs européens et imposera sa marque de fabrique sur le plan continental, marque (tactique et importance de la formation) dont le Dynamo actuel est encore l’héritier. La fin d’une période, le début d’une nouvelle ère. Une nouvelle fois, l’histoire du Dynamo va rencontrer la grande histoire. Lorsque l’Ukraine devient indépendante en 1991, le championnat d’URSS disparaît et laisse alors place au championnat national ukrainien. C’en est alors fini des luttes Kiev – Moscou symbolisée par le duel Dynamo – Spartak (les deux clubs les plus titrés de l’ère soviétique), place désormais à l’hégémonie du Dynamo en Ukraine et sa lutte face aux nouveaux prétendants dont le principal est le Shakhtar. 9 titres et 5 coupes lors des 10 premières saisons, le Dynamo est sans rival. Pourtant, comme à la grand époque soviétique, la méthode Lobanovskyi continue de faire se preuves (le coach légendaire sera de retour au club en 1997) : de nouveaux talents explosent sur la scène européenne (Shevchenko et Rebrov en sont les symboles) et le Dynamo atteint une demi-finale de Ligue des Champions en 1999, éliminé de justesse par le Bayern après avoir sorti le grand Real en quarts. Arrive alors le 21e siècle et avec lui le début d’un nouveau grand duel opposant le Dynamo à son nouveau grand rival : le Shakhtar. Malgré le bref intermède Yuri Semin venu révolutionner la méthode Kiev en injectant un grand nombre de joueurs étrangers dans l’effectif, les affrontements Dynamo – Shakhtar sont également le symbole de deux écoles : l’école soviétique et axée sur la formation côté Kiev (de retour avec l’arrivée de Valery Gazzayev) contre l’école internationale et la colonie sud-américaine du Shakhtar. C’est ce duel qui monopolise l’attention sur le plan national (quatre titres chacun lors des 8 dernières saisons) mais également déborde sur le plan continental comme l’an passé avec l’affrontement entre les deux équipes en demi-finale de la Coupe de l’UEFA. L’histoire du club, modestement résumée ici, en témoigne : le Dynamo Kiev est un géant européen. Porte drapeau de l’Ukraine, seul club à mettre à mal l’hégémonie russe lors de la période soviétique au point de finir devant les grands clubs moscovites dont le principal représentant est le Spartak, le Dynamo aura réussi le tour de force d’exister sur le plan continental après les révolutions Maslov et l’ère Lobanovskyi dont il est encore l’héritier (en témoigne encore le parcours de cette saison en Ligue des Champions lors de laquelle le Dynamo aura fait trembler l’Inter et le Barça). C’est ainsi que se termine le premier volet du dossier consacré au Dynamo. Lors du prochain volet, nous nous intéresserons aux grands noms qui ont marqué le club avant de conclure par une interview exclusive de Jean-Gérard Benoit Czajka, l'un des rares agents FIFA à traiter directement avec le président actuel et qui s'occupe également de plusieurs joueurs jouant ou ayant joué au Dynamo. Cet article vous a plu ? N'hésitez pas à laisser un commentaire et à le partager. |







Le 22 juin 1941, l’Allemagne envahit l’URSS. De nombreux joueurs du Dynamo vont alors rejoindre l’armée pour défendre leur pays et lorsque les allemands sont aux portes de la ville, ceux qui n’étaient pas partis au front vont alors se joindre aux défenses de la cité. Cela ne suffira pas : Kiev tombe aux mains de la Wehrmacht et de nombreux joueurs du Dynamo sont envoyés dans les camps. Mykola Trusevych, ancien gardien du Dynamo revient alors en ville. Il est alors embauché à la boulangerie tenue par Otto Schmidt, un ukrainien d’origine allemande et grand fan du Dynamo, qui décide alors en 1942 de créer une équipe de football, prétexte pour sauver quelques hommes (il sera perçu comme un Schindler ukrainien). Trusevych part alors à la recherche de ses anciens coéquipiers, ce qui aboutira à la naissance du FC Start (l'utilisation du nom Dynamo leur étant interdite) composé de 8 joueurs du Dynamo (Mykola Trusevych, Mikhail Svyridovskiy, Mykola Korotkykh, Oleksiy Klimenko, Fedir Tyutchev, Mikhail Putistin, Ivan Kuzmenko, Makar Goncharenko) et trois joueurs du Lokomotiv Kiev (Vladimir Balakin, Vasil Sukharev and Mikhail Melnyk). Très vite, le FC Start balaye tout sur son passage (écrasant l’ensemble des garnisons de soldats présentes sur les lieux). L’administration allemande, inquiète de l’impact des performances de ce club (que l’on peut considérer comme un club de résistants à l’occupant) sur le moral de ses troupes et sur la population locale, décide alors d’organiser un match contre l’équipe de la Luftwaffe, la Flakelf.

