Avec une formation remaniée par rapport à celle qui s’est imposée face au Cameroun vendredi, le Maroc est venu s’imposer au stade de Radès hier (0-1) face à la Tunisie. Les Aigles de Carthage, qui ont monopolisé le ballon et multiplié les bonnes intentions en première mi-temps, ont manqué de présence dans la surface avant de se désunir au retour des vestiaires et se sont inclinés finalement assez logiquement contre un adversaire d’abord réaliste puis nettement plus entreprenant.

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Quatorze ans après une finale de CAN épique (gagnée 2-1 par les hommes de Roger Lemerre) et treize ans après un match décisif pour la qualification au Mondial 2006 (2-2), tous deux disputés dans une ambiance volcanique, Tunisiens et Marocains ont effectué leurs retrouvailles avec un Stade de Radès rongé par le temps et l’arrachage des sièges quasi-hebdomadaire, et qui surtout sonnait creux. Du fait du prix des billets, d’une gratuité d’accès annoncée assez tard dans la journée, et du manque d’engouement pour les affiches amicales (en particulier en semaine) dans un écrin qui mériterait d’être réservé pour les grands matchs, laissant ainsi à d’autres villes du territoire la possibilité de profiter de la sélection tunisienne. Surtout vu la qualité plus que médiocre de la pelouse, qui a fortement nui à la tenue technique des débats…

Déjà qualifiées pour la CAN, les deux formations n’ont pas eu la même approche de cette affiche : privé de nombreux éléments, le duo de sélectionneurs Kanzari-Okbi a tout de même voulu étrenner une nouvelle fois la composition, la plus compétitive possible dans de telles circonstances, avec dix mondialistes dans le onze de départ et une nouvelle titularisation au milieu de terrain d’une des révélations de l’année 2018, le jeune latéral Aymen Ben Mohamed, fraîchement sacré champion d’Afrique avec l’Espérance de Tunis, et qui a su transposer à son retour en Tunisie l’engagement, le goût de l’offensive et le fighting spirit de ses années irlandaises. Côté marocain, neuf changements par rapport à la rencontre face au Cameroun d’il y a quatre jours, dont Ziyech et Belhanda, Hervé Renard a voulu donner à Sofiane Boufal et le playmaker du Raja Casablanca, Abdelilah Hafidi, du temps de jeu et une opportunité de se montrer.

Dans un système sans véritable attaquant de pointe vu en Coupe du Monde avec un Khazri très remuant et un Sliti avec de bonnes sensations, les locaux ont dominé globalement les débats lors du premier acte, monopolisant le ballon sous l’impulsion des deux fers de lances stéphanois et dijonnais. De bons décalages ont été trouvés, l’arrière droit Nagguez sollicitant souvent le ballon sur des appels en profondeur et une belle activité de Ben Mohamed à un poste qu’il n’occupe pourtant pas en club actuellement. Le hic, c’est que la concrétisation des opportunités n’a pas été au rendez-vous (on peut citer le coup-franc de Khazri de peu à côté, le mauvais choix de Nagguez dans une bonne position) et le manque d’un point d’ancrage dans la surface a fortement contrarié le jeu offensif. Avec peu de présence dans la surface, un Khaoui une nouvelle fois trop timide qui n’a pas su se situer ni se projeter efficacement, et un trio Khazri-Sliti-Sassi qui s’il n’a pas ménagé ses efforts a souvent eu tendance à se marcher sur les pieds dans les mêmes zones. C’est dommage, car les couloirs marocains n’ont pas apporté les mêmes garanties qu’un axe Belhanda-Saiss qui a fermé le peu de velléités qu’il a vu arriver dans son secteur en première mi-temps, un secteur que les tunisiens ont peu occupé.

Le Maroc ? Un Boufal intenable, et trois incursions sérieuses à l’issue desquelles l’équipe de Renard n’est jamais reparti bredouille. Deux frappes d’Ennesyri et Aït Bennasser qui ont manqué le cadre, et ce coup-franc de Benatia repoussé par le gardien Ben Mustapha parfaitement suivi par Ennesyri qui conclut de près pour l’ouverture du score (41e minute) devant une défense tunisienne en retard. Une défense une nouvelle fois prise de vitesse quatre jours après la défaite en Égypte (2-3), défaite qui a révélé des temps de retard du même genre, que ce soit sur coup de pied arrêté ou sur attaque placée. Un point qu’il faudra remédier durant les mois qui nous séparent du début de la CAN…

Véloce et opportuniste, Ennesyri n’a pas toujours été en phase avec les propositions de passe de ses coéquipiers (en particulier Boufal) et semble souvent à contretemps de l’animation offensive autour de lui. Mais il a planté son but quand il fallait. Hafidi, pour sa part, a fait avec le peu de ballons qui sont arrivés, provoque tout de même le coup-franc qui amène le but, et n’était probablement pas trop à l’aise dans le système aligné, en particulier dans un milieu qui subit dans les quarante-cinq minutes initiales.

Le Maroc prend le dessus en seconde mi-temps, changements tardifs côté tunisien

La physionomie change au retour des vestiaires : l’entrée de Walid Azaro donne plus de profondeur aux Lions de l’Atlas, et le milieu inverse le bras de fer et monte d’un cran, trouvant notamment des espaces pour avancer du côté de Nagguez, comme souvent plus entreprenant aux avant-postes qu’intraitable en arrière-garde. Mais le joueur du Zamalek n’est pas le seul tunisien à avoir plongé et reculé en seconde mi-temps, et les Aigles de Carthage seront beaucoup plus proches d’encaisser le second but du break que de revenir au score, Boufal ratant la mire sur deux frappes de l’extérieur de la surface, et Ennesyri annihilant une action collective de grande classe en cherchant le tir en pivot plutôt que de décaler vers Azaro.

Avec un onze inchangé à la reprise, la Tunisie va progressivement voir son jeu se déliter et ses intentions offensives désordonnées, toujours sans point d’ancrage dans l’axe, malgré les vaines tentatives de Khazri de se faire de la place. Les entrées de Srarfi et Chaouat interviennent tard, après l’heure de jeu, à un moment ou toute l’équipe a perdu ses idées, que ce soit la relance derrière, la récupération au milieu, et les combinaisons de plus en plus laborieuses devant. En définitive, c’est à l’encontre de la physionomie globale du match qu’ils vont louper une immanquable occasion de revenir à un partout dans les arrêts de jeu par l’intermédiaire du nouveau venu Mohamed Dräger.

Une semaine à oublier pour les Tunisiens donc, avec deux défaites dans la musette, une incertitude concernant qui prendra les rênes à l’orée de la Coupe d’Afrique (si le duo Kanzari-Okbi s’avère être juste un intérim), des problèmes défensifs récurrents, et ce système sans faux 9 proche d’être envoyé aux oubliettes. Mais avec le retour des absents, si la fraîcheur de Chaouat et Ben Mohamed est valorisée, l’année 2019 peut être plus florissante. On se permettra en revanche d’être plus optimistes pour l’année 2019 du Maroc, dont l’équipe-bis a signé une prestation d’ensemble convaincante, avec certains joueurs qui s’imposent comme des alternatives crédibles à un arsenal déjà bien fourni. Nul doute que ces Lions seront de sacrés clients en juin prochain.