Le derby est-maghrébin entre la Tunisie et la Libye, en ouverture des éliminatoires de la CAN 2021 (groupe J) ce vendredi soir à Radès s’annonce bouillant, l’affiche sera pimentée par la présence sur le banc libyen de l’ancien sélectionneur de la Tunisie Faouzi Benzarti.

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Favorite d’un groupe composé de la Tanzanie, la Guinée Équatoriale, et la Libye (les deux premiers du groupe seront qualifiés pour la CAN 2021), la Tunisie sait que l’entame face à son voisin ne sera pas de tout repos : les deux confrontations en éliminatoires du Mondial 2018 (0-1 pour la Tunisie sur terrain neutre en Algérie, 0-0 à Radès) avaient été particulièrement âpres, et le récent barrage aller-retour entre les versions A’ des deux sélections, qualificatif pour le CHAN 2020, s’était avéré moins simple que prévu pour les Tunisiens (1-0 à Radès, 2-1 au Maroc sur terrain neutre). Certains locaux des deux camps seront d’ailleurs protagonistes du duel entre les équipes A vendredi soir. Mais si l’affiche paraît moins déséquilibrée qu’elle ne l’était il y a quelques années, elle le doit à deux facteurs principaux : le paramètre Faouzi Benzarti, et la progression des joueurs libyens les plus talentueux qui accumulent pas mal de vécu, en particulier ceux qui évoluent dans les championnats d’Afrique du Nord.

Faouzi Benzarti, un retour à Radès qui s’annonce houleux

La carrière de l’expérimenté coach champion d’Afrique 94 avec l’Espérance de Tunis dessine sur ces douze derniers mois une trajectoire qui tend vers le déclin : d’abord, une éviction de son poste de sélectionneur de la Tunisie à quelques mois du Mondial 2018, sur fond de profonds désaccords avec la Fédération Tunisienne de Football ; la finale de Ligue des Champions africaine perdue avec le Wydad Casablanca contre l’Espérance de Tunis dans de circonstances controversées (VAR, match arrêté après que les Wydadis ont refusé de reprendre la rencontre, l’Espérance officiellement championne après appels au Tribunal Arbitral du Sport) ; un second brusque et brutal départ du Wydad Casablanca l’été dernier, pour un énième come-back en Tunisie, à l’Étoile du Sahel, raté dans les grandes largeurs et auquel Benzarti lui-même a mis fin en septembre.

Cette trajectoire mouvementée indique un constat finalement prévisible au fil de ces dernières années : d’une part, ses méthodes, basées sur la construction spartiate sur deux-trois ans d’un commando physique et tactique, d’habitude usantes à moyen terme, ont de plus en plus de mal à passer (champion du Maroc, le WAC version Benzarti a fini le championnat à l’agonie avec une seule victoire en sept matchs mais s’est hissé en finale de C1 africaine) ; d’autre part, son mode de fonctionnement (caractère, départs brusques alors qu’il est sous contrat) ont fini par grignoter son crédit, que ce soit en Tunisie, là où il faisait ses retours habituels (multiples passages à l’Espérance de Tunis et l’Étoile du Sahel, la sélection qu’il aura dirigé à trois reprises) ou au Maroc, qui aura récemment découvert ses embardées inattendues (deux départs du WAC en quelques mois, sa vraie-fausse arrivée au Raja en 2015). Le revoilà donc dix ans après un premier bail (été 2007-2009) de retour à la tête de la sélection libyenne, et au-delà de la double confrontation contre la Tunisie qu’il aura à cœur de réussir pour prouver au monde footballistique de son pays qu’il n’a pas perdu son savoir-faire, sa méthodologie faite de rigueur, de haute exigence tactique et de concentration pour faire des coups le jour J peut apporter aux Chevaliers de la Méditerranée le plus qui leur manque pour passer un cap.

Des cadres qui s’aguerrissent dans les championnats d’Afrique du Nord

L’instabilité du pays contrarie depuis des années le football de club, toujours contraint à jouer ses matchs à domicile en compétitions africaines hors de ses bases (dans les pays voisins, au Maghreb ou en Égypte) et qui n’a pas réussi à qualifier un de ses représentants en phases de poules de C1 ou de C3 lors de la saison 2018-2019. La sélection, elle, est passée tout près en qualifications de la CAN 2019, d’une première participation à l’épreuve-reine depuis 2012, mais s’est inclinée face à l’Afrique du Sud (1-2) lors de l’ultime match décisif à Sfax, en Tunisie, avec une prestation encourageante malheureusement éclipsée par l’efficacité offensive de l’individualité adverse, le virevoltant milieu offensif Percy Tau. À cet égard, les besoins en efficacité offensive et en gestion des grands rendez-vous d’un collectif où figurent deux joueurs évoluant en Europe (Benali à Crotone en Serie B, Mosrati au Vitória) pourraient être couverts par les débuts de saison de qualité de plusieurs éléments expatriés dans les championnats d’Afrique du Nord (Maroc, Tunisie, Egypte, Algérie) et potentiels titulaires de la sélection. Incontournable à l’USM Alger, où il joue soit sur une aile soit en 9 et demi derrière l’attaquant de pointe (Mahious ou Benchaa), le meneur de jeu de poche libyen Muhayyed Ellafi a signé un début de saison éblouissant, que ce soit sur les matchs de C1 africaine où il participe activement à l’enthousiasme offensif des Usmistes ou en championnat. Rendement concrétisé par ses statistiques, puisqu’il totalise déjà deux buts et six passes décisives en onze matchs toutes compétitions confondues. Les arrières latéraux Ali Maatoug (Stade Tunisien, Tunisie) et Mohamed Tarhouni (Smouha, Égypte) sont titulaires et se sont imposés comme cadres de leur formation respective, Maatoug ayant même été élu joueur du mois d’octobre par les supporters stadistes. Pas mal pour un joueur arrivé au club début septembre… L’ailier Hamdou El Houni, arrivé à l’Espérance de Tunis en janvier, a progressivement réussi à gagner sa place, bénéficiant d’un mercato estival non concurrentiel (recrutement massif de milieux axiaux ou de défenseurs) et d’une prise de risque dans ses dribbles et ses frappes lui ayant déjà permis d’être décisif en championnat et en coupe arabe chez le champion d’Afrique en titre. Chez le rival de l’Étoile du Sahel, le longiligne attaquant de pointe Anis Selto est toujours dans la rotation, et même s’il a été en difficulté a contribué il y a quelques jours à la relance de l’ESS en championnat (1-2 à Chebba, une passe décisive) et présente un profil de pivot qui peut constituer une alternative que ce soit en club ou en sélection. Enfin, au Maroc, alors que le défenseur Sanad El Ouerfelli est devenu une valeur sûre du Raja Casablanca, l’attaquant de pointe Al Taher, même s’il est toujours muet en championnat a du temps de jeu et a scoré en Coupe du Trône avec l’Ittihad Tanger.

Cette montée en compétence progressive des éléments évoluant en Afrique du Nord a connu une première concrétisation en octobre en sélection, avec un très encourageant match nul 1-1 face au Maroc : avec El Ouerfelli buteur, et Selto, Ellafi, Tarhouni et El Houni titulaires. Un premier bon résultat en attendant une possible surprise vendredi à Radès ?