Samedi 3 avril 2010.

Corée du Sud

Troisième volet de notre dossier consacré aux mondialistes, la lucarne mondiale s’intéresse aujourd’hui à l’un des pays favoris de Lucarne Opposée : la Corée du Sud.
Avant propos.

Est-il encore nécessaire de situer l’équipe nationale sud-coréenne sur l’échiquier mondial ? S’il est avéré que la Corée du Sud est l’une des nations phares de la confédération asiatique, elle creva l’écran mondial lors de la Coupe du Monde 2002 qu’elle co-organisa avec le Japon. Quatrième, à la surprise générale, après avoir battu le Portugal, l’Espagne et l’Italie, la Corée du Sud doit énormément à Guus Hiddink, objet d’un véritable culte. En donnant confiance à tout un peuple de footballeurs, il est l’homme qui permit l’envol d’une nation désormais placée au 49e rang mondial.

L’entretien.

Comme pour le dossier consacré au Honduras, je suis allé sur la partie réservée à la Corée du Sud du forum bigsoccer.com et ai ainsi pu dialoguer avec différents supporters de la sélection nationale. Si j’évoquais le rôle essentiel d’Hiddink dans la prise de confiance du football sud-coréen, vous allez voir à quel point la Coupe du Monde 2002 a définitivement transformé le football local et fait entrer la Corée du Sud dans une nouvelle dimension.

- La Corée du Sud a brillé lors de la Coupe du Monde 2002, vous attendiez-vous à un tel parcours ?

Guus HiddinkKorean Football : Je ne pense pas que quiconque s’attendait à cela. Mais j’ai toujours pensé que nous avions plusieurs points forts qui feraient que la Corée ne serait pas si faible sur l’échelon mondial. Notre vrai point faible était l’expérience qui sous Hiddink fut totalement annulée par des rencontres internationales précédant la Coupe du Monde. Notre condition et notre vitesse ont toujours été nos points forts et Hiddink a ajouté à cela la tactique qui nous a rendus alors plus efficace (on était moins comme des poulets courants dans tous les sens).  Cette équipe était un joli mélange d’anciens expérimentés et de petits nouveaux enthousiastes et de joueurs intermédiaires qui faisaient parfaitement le lien entre les deux autres. Avec la mise en place de camps d’entraînements ensemble, l’équipe est arrivée au top de sa condition. Ainsi bien que n’ayant pas les meilleurs joueurs du monde, on était capable de mettre en place une équipe athlétique qui n’avait pas peur de prendre des risques. L’illustration parfaite a été donnée par le jeu développé quelque soit l’adversaire ou le score. On était capable de contrôler le milieu de terrain contre tous le monde à l’exception de l’Espagne et de l’Allemagne (la Corée a perdu quelques joueurs à cause de blessures et seul un petit nombre de joueur a été utilisé provoquant une fatigue plus rapide). C’est toujours le cas actuellement : je pense que notre rythme, notre vitesse et notre endurance sont nos forces. On perdra peut être mais nos adversaire vont devoir mettre du cœur pour nous battre parce que la Corée ne leur rendra pas la vie facile. A mon avis, il n’y a que quelques équipes au monde qui peuvent nous battre sans trop forcer. La plupart des autres en sortiront bien fatigué.
Donc pour résumé, les forces de la Corée sont toujours les mêmes depuis des années. Mais la grande différence est qu’aujourd’hui, nos joueurs ont une expérience européenne et ont réellement la possibilité de s’exprimer au maximum. Autrefois, la plupart des joueurs restaient frustrés de n’avoir pu totalement s’exprimer par inexpérience.

- Vu de France, on a l’impression que la Coupe du Monde 2002 a changé beaucoup de choses en Asie et surtout en Corée. Est-ce une réalité ?

Korean Football : Je le pense. Avec la Coupe du Monde 2002, la fédération coréenne (KFA) a décidé de mettre en place des plans de développement. L’infrastructure a changé. Les programmes pour jeunes sont nés. Localement le football a totalement dépassé le baseball chez les jeunes. Le baseball reste le grand sport professionnelle mais au niveau des jeunes, c’est bien le football qui domine. Après, au niveau continental, les clubs coréens ont toujours été sur le devant de la scène. La K-league est le championnat professionnel le plus ancien du continent et a conduit les clubs à avoir le plus beau palmarès continental. C’était le cas jusqu’ici  mais 2002 a réellement été une année exceptionnelle : on a eu une finale de la Ligue des Champions 100% coréenne, on a remporté la Super Coupe, et la Coupe du Monde est venue ponctuer cette explosion mais la Corée a aussi totalement dominé l’Asie au niveau des jeunes en remportant tous les tournois possibles (moins de 14 ans, moins de 16 ans, moins de 19).  Je pense que la Coupe du Monde 2002 a changé également les états d’esprit. Le fait de croire qu’on était meilleur que n’importe qui en Asie et qu’on pouvait le prouver à l’échelle mondiale a été un réel progrès.

Woorijim : Oui. En un mot, les infrastructures ont aussi progressé à pas de géant. Il n’est pas seulement question des stades mais aussi de la création d’écoles de football, de terrains, de centres d’entraînements. Cela n’a été possible que parce que la fédération coréenne (KFA) a reçu un gros pourcentage des profits réalisés par SportsTOTO. SportsTOTO est un système de paris sportifs coréen contrôlé par le gouvernement. C’est d’ailleurs un système de paris sportif très populaire au pays (la Corée du Sud est extrêmement développée en terme de sports professionnels avec un nombre important de ligues pros : Baseball, Football, Basketball, Volleyball, Golf, e-sports, Courses….). Avec cet argent, la KFA s’est concentré sur l’investissement pour les jeunes, ils ont mis en place un plan de développement.
Je vous encourage tous à lire ce topic traitant de notre nouvelle génération de joueurs et comment ils se développent en comparaison avec leurs ainés d’il y a 10-20 ans. Je me cite : « Selon ce qui est indiqué dans le plan de 10 consacré au développement des jeunes, la KFA va construire environ 450 terrains artificiels pour les écoles d’ici à 2014. Comme il y a 211 écoles élémentaires, 169 collèges et 135 lycées qui possèdent des équipes de foot, cela signifie que les nouveaux terrains font tous les concerner. » La création de plus de 400 terrains de football a aussi permis la Corée du Sud de devenir la première nation asiatique  à mettre en place un système de ligue pour les jeunes.
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Korean Football : J’ai entendu que cela était même l’un des éléments primordiaux. Il n’y a aucun autre pays asiatique qui a été capable de faire cela et des pays comme la Chine ou le Japon (ou les autres d’ailleurs) soit sont trop grands pour mettre cela en place, soit se heurtent à un trop grand nombre d’obstacles pour créer ce type de ligue unique jusqu’à ce niveau de base. Je pense que c’est ce système est le meilleur système sur le long terme. En abandonnant le système de tournois, on a des jeunes de 19-20 ans qui ont bien plus d’expérience désormais qu’ils n’en avaient avant.

Woorijin : Et depuis 2009, toutes les équipes de foot (écoles privés, écoles publiques et autres équipes) participent à ce championnat qui se déroule pendant l’année scolaire. L’une des conséquences positive a été les progrès énormes du niveau des joueurs mais aussi du niveau des coachs. Par l’accumulation de matchs, nos jeunes entraîneurs ont ainsi pu se concentrer sur de petits détails qui étaient jusqu’ici souvent ignorés et beaucoup d’entre eux ont voyagé (surtout en Europe) pour apprendre plus sur les méthodes d’éducation des jeunes. Ils sont allés aux Pays-Bas, en Angleterre ou en France et ont appris des méthodes d’entraînement plus avancées.
La Corée du Sud est désormais en pleine phase de transition au cours de laquelle elle écrit son histoire culturelle. Encore aujourd’hui, les gens et les medias suivent surtout le baseball international et coréen, plus que la K-league ou le football en général. Le football coréen se heurte encore à ces obstacles.

Elliad :
Comme une couverture télévisuelle gratuite de la K-league par exemple.

Woorijim : Exactement. En termes de couverture, la K-league est même en dessous de la KBL (Korean Basketball league) et même les e-sport ont une meilleure couverture médiatique que la K-league, ce qui est une véritable honte pour nous.
Je pense que c’est parce qu’on a trop de championnats professionnels. Les américains peuvent vivre avec 5-6 ligues professionnelles et parvenir à faire de larges profits en termes de droits télé et d’entrées au stade mais la Corée est un pays de 50 millions d’habitants qui préfère le baseball. A cause de cet audience limitée, le baseball veut conserver sa supériorité et les médias sont aussi de leur coté. Comme la K-league n’a droit qu’à une exposition négative de la part des médias, c’est difficile pour les fans d’y trouver un intérêt. Lorsque Pohang a remporté la Champion’s league l’an passé, personne autour de moi (à l’exception des purs fans de foot) ne le savait.

- Pourtant avec le nouveau format récent de la Ligue des Champions asiatique (ACL) la popularité devrait croitre non ?

Korean Football : ACL et K-league n’ont pas une grosse popularité en Corée. Et lorsque c’est retransmis, c’est lamentable. Les medias préfèrent booster le baseball et font plus de publicité sur le baseball. Au final, les coréens regardent plus de baseball et se font ainsi laver le cerveau, pensant que le sport pro numéro un est le baseball. Mais comme on l’évoquait : le baseball est en chute libre chez les jeunes et ne va pas mieux chez les séniors. Peu importe la tentative de lobbying pour le baseball, irrémédiablement les choses vont changer.

- La Corée a donc misé sur la formation de nouvelle génération de football. C’est un pari aussi ambitieux qu’intelligent. Commencez-vous à en recueillir les fruits ? Par exemple, verrons-nous des joueurs issus de ces programmes lors de la Coupe du Monde sud-africaine ?

Korean Football :
Je dirais que c’est un peu trop tôt. Lee Chungyong et Ki Seungyeong sont clairement les deux meilleurs jeunes mais ils ne sont pas directement issus du succès de 2002. Ils ont quand même grandi dans ce contexte. Je dirais plus que les moins de 17 (qui sont allés en quart de finale de la dernière Coupe du Monde) sont plus la première vraie génération de ce boom de 2002. Le prochain groupe sera les moins de 14 ans, qui vient de remporter les championnats d’Asie en battant de manière convaincante chacun de leurs adversaires (Arabie Saoudite 5-0, Corée du Nord 3-0 puis 2-0 en finale). On a également des gamins qui sont déjà en Europe dans de grands clubs (comme Barcelone et le Real). J’attends vraiment de belles nouvelles de leur coté.

Nam Tae-HeestatQuo : On commence à doucement voir les bénéfices de ce boom infrastructurel, logisitque et économique post-2002 que Korean Football et woorijim ont si bien décrit. Nos deux équipes des moins de 17 et des moins de 20 ont toutes deux atteints les quarts de finale des dernières Coupe du Monde de leur catégories en profitant de l’influx de ces nouveaux talents. La KFA a mis en place un plan sur une dizaine d’année pour éduquer les entraîneurs et les joueurs à l’extérieur du pays, même sous forme de prêts sur de courtes périodes ou bien via des systèmes de programmes d’échange. L’objectif de ce programme est d’apprendre aux entraîneurs les nouvelles approches tactiques européennes, les régimes d’entraînement et de les ramener en Corée pour diffuser ce savoir aux catégories de jeunes. De nombreuses critiques ont été formulées sur ces programmes de jeunes dans le passé à cause de l’incompétence des coachs plus que des capacités des joueurs (même si les deux sont en partie responsable) et donc en même temps que cette refonte du système de tournoi que Korean Football et woorijim ont décris, nous avons aujourd’hui des joueurs et des coaches qui vont en Allemagne, en France, en Angleterre, au Brésil et maintenant en Espagne avec pour but de se familiariser avec ces cultures et les ramener en Corée d’ici un, deux ou trois ans. Si le joueur est suffisamment talentueux (Nam Tae-Hee et Kim Won-Sik à Valenciennes ou Son Heung-Min à Hambourg), son séjour est souvent prolongé ou ils parviennent au niveau professionnel. On commence donc à voir les fruits de ce travail.
On a déjà vu une génération de jeunes issus du FC Seoul Youth Programme et/ou de Dongbuk HighSchool (l’école de foot du FC Séoul) qui sont devenus des éléments essentiels de la sélection nationale (Park Joo-Young, Lee Chung-Yong, Ki Sung-Yong, Lee Seung-Ryul) et d’autres jeunes (Song Jin-Hyung, Son Heung-Min, Cho Min-Woo) qui commence à partir à l’étranger si ce n’est déjà fait.

Début 2008, on a vu l’arrivée de la Challenge League des moins de 18 et des moins de 12 et 14 (deux groupes, les deux premiers jouent des play-offs pour déterminer le vainqueur). Toutes les équipes pros ont une école de foot où les jeunes talents peuvent poursuivre leur apprentissage du foot mais aussi se concentrer sur leurs études. Bien que la transition entre l’étudiant et le footballeur est bien plus difficile que dans les autres pays à cause de l’importance donnée à l’éducation, ce processus est largement plus rationnel qu’autrefois (laisser le service militaire obligatoire sera toujours une barrière).

Sur un autre topic, j’ai parlé de cinq ou six joueurs de notre équipe des moins de 20 ans qui jouent en Europe et comment on voit déjà les bénéfices de ces approches. Je regarde la génération des moins de 17 et ils ont une quantité de joueurs déjà très talentueux. Nos entraîneurs sont de mieux en mieux instruits et on commence à voir la génération de 2002 commencer à se tourner vers le coaching et le développement. Notre célèbre milieu Yoo Sang-Chul, à un moment approché par Barcelone, a mis à profit son expertise pour coacher les jeunes équipes. Hong Myung-Bo, après son succès à la tête des moins de 20 ans (quart de finale de la Coupe du Monde) est devenu notre entraîneur olympique avec l’ancien défenseur international Kim Tae-Yong. Les choses sont en bonne voie de ce point de vue mais il reste à améliorer l’intérêt pour notre football domestique et éviter ces situations de lavage de cerveau avec certains de nos talents, ce qui implique peut être la remise en place d’un système impopulaire de draft pour la K-league (pour les débutants).

- Pour conclure notre discussion, au regard des constants efforts et progrès faits par le football coréen, qu’attendez-vous de cette Coupe du Monde 2010 ?

Korean Football : Personnellement, pas grand-chose. L’Argentine est meilleure, le Nigéria, s’il le décide, peut être dévastateur et la Grèce a une défense solide avec une belle flèche qu’est Gekkas. Aucune de ces équipes n’est un faire-valoir. Si tout va bien avec notre équipe, je pense qu’on peut battre la Grèce et le Nigéria. L’Argentine, reste quand meme un adversaire de taille.

Nicolas Cougot
Créateur et rédacteur en chef de Lucarne Opposée.