En revenant sur le trône après quatre ans de disette, Buriram United est retourné à la place qui est logiquement la sienne, celle du meilleur club du pays. Si l’objectif a été atteint, le moyen d’y parvenir fut laborieux. Pour ce dernier épisode de nos bilans de la saison dernière en Thaïlande, retour sur la saison en deux temps du champion en titre.

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Quand on évoque les villes les plus attractives et amusantes de Thaïlande, Nongbua, n’est clairement jamais citée. Pourtant, en ce soir d’avril, dans ce petit bourg du nord-est du pays, une bande de copains célèbre comme il se doit un événement que des milliers de personnes attendaient depuis plus de trois ans. En s’imposant trois buts à zéro contre la vaillante équipe locale de Nogbua Pitchaya FC, Buriram United s’adjuge le titre de champion et reprend son statut de colosse invincible. Si la joie est là et amplement légitime, il n’en demeure pas moins que la saison des Thunder Castle peut laisser perplexe, tant elle a mis un grand moment à s’emballer.

Un homme et l’ennui

Un lieu commun assez populaire tend à dire qu’il est de mauvais ton de se remettre avec un ancien amour. En faisant cela, la plupart des personnes s’imaginent revivre la passion d’antan et les joies qui vont avec. C’est sûrement ce que se sont dit les dirigeants de Buriram United et l'entraîneur brésilien Alexandre Gama, à l’aube de la saison 2020/21, après une première love story, il y a huit ans de cela. Lors de cette première relation, le natif de Rio de Janeiro avait fait des étincelles en remportant huit titres en deux ans. Cette accumulation de trophées fait d’Alexandre Gama une personne qui restera, à jamais, une légende du club.

L’histoire aurait dû s'arrêter sur ces triomphes, malheureusement ce dernier, en acceptant de revenir à Buriram en 2020, n’a pas su rallumer la flamme. Une première année sans titre et une seconde qui s’est terminée par un départ discret au mercato hivernal vers le club coréen de Daegu. La raison ? L’ennui. Si d’un point de vue des résultats, la première partie de la saison dernière est largement satisfaisante, ce qu’on peut voir sur le terrain ne l’est guère. Peu de mouvements, des passes latérales qui feraient passer des joueurs de handball pour des amateurs et un indice de spectacularité proche du néant. Alexandre Gama veut une équipe solide et n’emballe pas les foules. En voyant que leur entraîneur se rapproche plus d’un Dunga que d’un Telê Santana dans le style, les dirigeants de Buriram décident de tirer la sonnette d’alarme, au risque de voir les joueurs dépérir et prendre la poussière comme leur coach. Les souvenirs restent là où les amours partent, c’est donc en novembre dernier, que Buriram et Alexandre Gama mettent un terme, une seconde fois, à leur relation.

Trois hommes et un titre

Pour se remettre de cette rupture douloureuse mais nécessaire, le charismatique président du club, Newin Chidchob, décide de faire un grand coup de ménage au club. Il est vrai qu’un grand tri et bon nettoyage après un amour perdu n’a jamais fait de mal. Tout d’abord le banc. Pour remplacer Alexandre Gama, le club fait appel à l'entraîneur hype en Thaïlande, Masatada Ishii. Le Japonais, architecte de la belle période de Samut Prakan lors des deux dernières saisons, a pour objectif de dynamiser ce qui se passe sur la pelouse. Plus de jeu, plus d’envie, plus de dynamisme. Buriram doit être sur le terrain, ce qu’il est d’un point de vue des infrastructures, clinquant et beau. Il en va de la réputation d’un club, mais aussi d’une ville qui base toute son attractivité sur le sport et la spectacularité qui va avec.

Pour aider le coach nippon dans sa quête d'équilibre entre résultats et esthétisme, les dirigeants font du mercato hivernal une fenêtre d’importation de joueurs venus des quatre coins du monde. C’est ainsi que débarquent l’Espagnol Diego Bardanca, le Kenyan Ayub Masika, le Congolais Jonathan Bolingi et le local Theerathon Bunmathan en provenance de Yokohama.

Sans sous-estimer l’apport des deux premiers cités, ce sont bien Bolingi et Theerathon qui métamorphosent Buriram dans cette seconde partie de saison. L’avant-centre et le défenseur répondent parfaitement à ce que demande le nouvel entraîneur et au système en 4-3-3 de ce dernier. Un entraîneur et deux joueurs, venus d’horizons différents, réussissent leur pari de rafraîchir un vestiaire, certes talentueux, mais qui était en train de doucement se ramollir. Le jeu revient, et avec lui, un titre de champion de Thaïlande, acquis lors de l'avant-dernière journée du championnat. Si la fin fut un poil laborieuse, la saison de Buriram se termine finalement en succès. La preuve, s’il en fallait une, que la fin d’une belle relation représente toujours le début d’une nouvelle aventure.

Jonathan Branger
Jonathan Branger
Rédacteur et correspondant foot Thaï pour LO