Le championnat 2024 s’ouvre ce soir en Colombie avec le promu Patriotas qui reçoit Jaguares. Dix-neuf équipes essayeront de succéder à Junior, champion lors du dernier semestre et qui s’est encore renforcé. En bas, attention au Deportivo Cali qui sera à la lutte pour ne pas descendre.

Nouvelle année, nouveau format et nouveau lieu pour ce championnat. Nouveau format, plutôt retour à un ancien, avec la disparition de la fameuse « fecha de clásico » mais avec le maintien des quadrangulaire (même s’il a été question de revenir à un format à élimination en aller/retour). Nouveau lieu. Malheureusement doit-on dire. En Colombie les propriétaires de club peuvent faire ce que bon leur semble, y compris changer le nom et le lieu du club. C’est ce qui est arrivé à l’Alianza Petrolera. Le club fondé à Barrancabermeja en 1992 va déménager à un peu plus de 450 km au nord dans la ville de Valledupar. Carlos Ferreira, le président du club a justifié cette décision en expliquant : « Les gens doivent comprendre que c’est une entreprise privée. Je ne peux pas arriver et dire aux joueurs que je n’ai pas de quoi les payer. C’est vrai que le gouvernement de Valledupar, du Cesar [le département] et une entreprise privée se sont proposés pour que le football professionnel arrive sur cette terre ». À noter que Valledupar avait déjà un club professionnel qui évoluait en deuxième division entre 2003 et juin 2023. L’argument économique semble difficile à comprendre, sauf s’il s’agit d’une offre dans la mesure où le club va disputer pour la première fois de son histoire un tournoi continental puisqu’il est qualifié pour la Sudamericana. Ce qui pose au passage un imbroglio puisque le club devait recevoir l’América et on ne sait pas où se jouera la rencontre (il existe une possibilité de voir cette rencontre se jouer à Barrancabermeja). Cette décision a aussi été contesté par Jonathan Vásquez, le maire de Barrancabermeja, qui a regretté « le secret dans lequel ça s’est fait, Carlos Ferreira n’a jamais envoyé de préavis, on avait fait les efforts pour mettre le stade aux normes et il n’a jamais montré d’inconformité. La ville a toujours appuyé l’équipe ». Difficile de contredire le maire puisque le club avait vendu des abonnements et avait même édité un maillot spécial qui sera remboursé aux supporters ayant fait cet achat.

Mention spéciale aussi à la direction de l’Once Caldas sur les abonnements. Le club avait annoncé que le prix comprenait entre autres tous les matchs de l’équipe féminine sur cette année (donc à minima sept ou huit rencontres). Or le « Blanco Blanco » n’a pas inscrit de section féminine sur l’année 2024. Les années se suivent et se ressemblent du côté de la Colombie.

Côté terrain, Junior sera encore et toujours le grand favori de ce semestre. Le champion en titre a fait un mercato pour espérer au moins passer la phase de groupes de Libertadores notamment grâce à une direction qui mis la main au portefeuille, petit cadeau pour la population de Barranquilla après l’élection d’Alejandro Char, le frère du président, à la mairie. Peu utilisé au Corinthians, Víctor Cantillo est de retour à la maison comme Yimmi Chará. Perdu au Portugal, Roberto Hinojosa tentera de se relancer. La différence entre Junior et les autres c’est la profondeur de banc. Si le mercato a été agité dans le sens des arrivées (six joueurs + Rafa Pérez qui est en train de régler un litige avec San Lorenzo où il n’est plus payé), il l’a été beaucoup moins dans le sens des départs avec seulement trois joueurs qui ont quitté le navire. Pour diriger ces joueurs la direction a fait un choix remarquable, celui de la stabilité. Moins attiré par les noms, moins que certains de ses concurrents en tout cas, Arturo Reyes sera sur le banc ce semestre. Si l’ambition sera de sortir de son groupe en Libertadores (difficile d’envisager plus loin qu’un huitième, un quart au maximum), le club peut viser une onzième étoile.

Pour priver Junior d'un titre, deux outsiders se détachent : Millonarios et le Deportivo Independiente Medellín, deux clubs qui ont aussi choisi la stabilité.

Millonarios a logiquement maintenu sa confiance à Alberto Gamero. L’entraineur avait demandé notamment de renforcer les couloirs, il a été entendu. Le club de la capitale a été cherché un des meilleurs au poste en Colombie en la personne de Delvin Alfonzo. S’il peut jouer des deux côtés il sera surtout aligné à droite. De l’autre côté c’est Danovis Banguero qui sera aligné. L’ancien joueur de Tolima était libre et surtout une demande expresse de Gamero qui le connait très bien. Fernando Uribe parti à la retraite le club de la capitale est allé chercher Santiago Giordana pour épauler Leo Castro. L’attaquant argentin sort d’une excellente saison avec le Deportivo Garcilaso. Enfin au poste de numéro deux Diego Novoa revient dans une ville qui lui réussit bien. Le club a aussi réussi à garder Andrés Llinas et Juan Pablo Vargas, sa charnière internationale et Álvaro Montero, son gardien international. S’il sera difficile d’exister en Libertadores et viser mieux qu’une troisième place, le club sera présent comme toujours pour les quadrangulaires.

Le Deportivo Independiente Medellín a un peu plus bougé, mais a su remplacer les départs importants. Au milieu la pierre angulaire de 2023, Daniel Torres, est partie et, pour le remplacer, le club a eu l’idée d’aller chercher l’excellent Pablo Lima. En défense centrale Joaquín Varela est parti et sera remplacé numériquement par José Aja alors que dans les buts Eder Chaux sera chargé de remplacer Andrés Marmolejo. Devant Jhon Vásquez et Kener Valencia auront une belle carte à jouer. Mais c’est surtout au milieu que le club pourra faire très mal. En plus de Pablo Lima, Jaime Alvarado devra confirmer son excellente année 2023 et le deuxième club de Medellín a fait signer Baldomero Perlaza. La seule incertitude est de savoir si Alfredo Arias arrivera à faire oublier la finale du dernier semestre où le titre leur tendait les bras avant de s’écrouler dans les derniers instants et s’incliner aux tirs au but.

Incertitude autour de l’Atlético Nacional et de Santa Fe. Le club verdolaga a perdu Kevin Mier, parti à Cruz Azul, et a longtemps bataillé pour le remplacer. Le club a d’abord misé sur Wuilker Fariñez avant de faire demi-tour en raison d’un manque de compétitivité. C’est finalement Santiago Rojas qui est l’heureux élu. L’international paraguayen arrive tout juste en prêt avec option d’achat. Le reste du recrutement laisse planer pas mal de doute. Cristian Zapata parti, un autre vétéran a pris place dans cet effectif en la personne de Bernardo Espinosa. En difficulté au Mexique, Daniel Mantilla est revenu. Au milieu, Carlos Sierra arrive après avoir passé presque un an sans jouer. La bonne nouvelle pour les supporters est que le club a réussi à garder ses jeunes talents comme Óscar Perea ou Samuel Velásquez (qui manqueront le début de saison en raison du tournoi de qualification préolympique). Un homme sera sous pression, l’entraineur Jhon Jairo Bodmer, qui devra rapidement prendre des points sous peine de faire rapidement ses valises tant sa nomination n’a jamais fait l’unanimité. À Santa Fe, le mercato a été des plus agités avec quinze départs et onze arrivées. Après avoir raté les quadrangulaires l’année dernière, le club cardenal cherchera à corriger cette anomalie. Pour cela, il a mis la main à la poche. En plus des arrivées, Hugo Rodallega a prolongé son contrat. Parmi les nouvelles têtes, on peut retrouver notamment Daniel Torres, Andrés Mosquera Marmolejo ou Frank Castañeda, qui jouait la Ligue des Champions il y a peu de temps. Évidemment avec une telle revue d’effectif, il est impossible de savoir si la mayonnaise va prendre. Arrivé fin 2023, l’entraineur uruguayen du club, Pablo Peirano n’a gagné aucun des quatre matches qu’il a dirigés, mais difficile de lui tenir rigueur avec l’ambiance morose qui régnait au club à ce moment. Santa Fe sera quoi qu’il arrive une des attractions de ce championnat.


Cette semaine Cali a rimé avec folie. L’América a décidé de se séparer de Lucas González à la surprise générale. Pourquoi maintenant était la question sur toutes les lèvres des supporters. Marcela Gómez, la nouvelle présidente du club, a pris de gros risques et elle a peut-être cédé à une partie de ses supporters qui n’ont pas été convaincus par le rendement lors des derniers quadrangulaires. Surtout qu’elle a justifié cette décision en voulant faire tapis sur une des légendes du club, Ricardo Gareca, mais l’ancien sélectionneur du Pérou va s’engager avec le Chili dans les prochains jours (ou les prochaines semaines). Sans parler du feuilleton Arturo Vidal que le club a essayé de faire venir, y compris grâce à de gros efforts financiers et à l’aide de sponsors. Si la pression est montée très vite et très haut la douche froide a été dure à encaisser surtout depuis les derniers éléments et l’offre de Colo-Colo qui est bien loin de celle du club colombien. Pour le moment, sans entraineur, difficile de se projeter sur la saison de l’América et son mercato intéressant avec notamment le retour de Graterol dans les buts, de Daniel Bocanegra après son passage dans le sud du continent et de Michael Barrios qui évoluait lui en MLS. Au milieu le départ de Juan Camilo Portilla pourrait faire très mal. L’espoir chargé de le faire oublier a dix-neuf ans et s’appelle Josen Escobar. Couteau suisse, c’est bien au milieu qu’il est le meilleur et il sera une des attractions de ce championnat. Lecture du jeu, activité et qualités techniques sont ses points forts et malheureusement des clubs européens ont déjà les yeux sur lui.

Au Deportivo Cali, le cas Jaime de la Pava fait débat. S’il a réussi à conserver son poste, il est très fragilisé et les rencontres amicales n’ont pas rassuré les supporters alors que le club sera engagé dans la lutte pour le maintien cette année. Le club a misé sur un mélange entre joueurs d’expérience comme Francisco Meza, Alexander Mejía ou Javier Reina et jeunes talents comme Fabián Ángel ou Juan Castilla (arrivé lui l’année dernière). Il a aussi tenté le pari Jarlan Barrera. L’ancien de Junior est à priori à l’essai pour le moment et quand on voit son poids actuel on comprend mieux pourquoi et il a quelques kilos à perdre avant d’arriver à son poids de forme. Le club va devoir se trouver des cadres très vite après les départs de Germán Mera et Teófilo Gutiérrez. Le Deportivo Cali naviguera à vue en 2024, surtout avec des rumeurs persistantes de vente du club qui alourdit encore un peu plus le contexte.

Enfin deux clubs surprise devraient tirer leur épingle du jeu, le Deportivo Pereira et l’Atlético Bucaramanga. Quart de finaliste de la dernière Libertadores, Pereira est allé chercher un ancien de la maison, Leonel Álvarez pour prendre les rênes de l’équipe. Un entraineur qui a très souvent réussi au pays. Au rayon des arrivées le club attire Faber Gil et Darwin Quintero pour dynamiser son attaque, mais, comme chaque saison, doit aussi se reconstruire après les vingt-deux départs subis. Pour Bucaramanga, le coach est également une pointure puisque c’est Rafael Dudamel, ancien sélectionneur du Venezuela et qui arrive avec des bagages bien remplis avec notamment Ricardo Márquez, Aldair Quintana, Fabián Sambueza, Jean Colorado ou encore Fredy Hinestroza. Un recrutement qui devrait lui permettre de viser une qualification en quadrangulaires, ce qui serait le minimum syndical.

Pierre Gerbeaud
Pierre Gerbeaud
Rédacteur Colombie pour Lucarne Opposée