Bien avant les envolées merengue de Keylor Navas, un autre Costaricien a marqué de son talent les Clásicos espagnols. Alejandro Morera Soto n’était pas gardien, il les martyrisait. Alejandro Morera Soto n’était pas un joueur du Real Madrid, mais du FC Barcelone. Il était aussi l’une des premières légendes du football costaricien. Portrait.

banlomag

Au début du XXème siècle le football vit ses premières heures, les Anglais, les Argentins et les Uruguayens pour ne citer qu’eux dominent le football mondial. Mais alors que personne ne connait encore l’existence de ce petit pays qu’est le Costa Rica, un homme va le mettre sur la carte du monde du foot. Cet homme, c’est Alejandro Morera Soto, El mago del balón.

La naissance d’une légende

Le 14 juin 1909, Juan Morera Miranda et Eufernia Soto mettent au monde le petit Alejandro Morera Soto, dans la province d’Alajuela. Le petit Alejandro vit dans une grande famille de quatre sœurs et un frère. C’est à seize ans seulement qu’Alejandro effectue ses débuts avec le groupe pro du club de sa ville, la fameuse Liga Deportiva Alajuelense, club créé près de dix ans jour pour jour après sa naissance, lors d’un match face à un club costaricien fondé par des espagnols de la banlieue de San José, la Sociedad Gimnástica Española de San José. Lors des deux premières saisons, il frappe très fort, marque 39 fois en 47 matchs et est alors remarqué par un club cubain, le Centro Gallego. Mais l’aventure ne se passe pas comme prévue, seulement douze mois s’écoulent entre son départ de la LDA avant qu’il n’y revienne. C’est à ce moment-là que la légende va naitre.

Nous sommes en 1928, Alajuenlense joue le titre jusqu’à la dernière journée qui lui offre une finale face à l’un de ses futurs grands rivaux, le CS Herediano, leurs affrontements prenant ensuite le nom de Clásico Provincial. Ce match décidera si la LDA remportera le premier titre de son histoire. À l’époque, le championnat est un mini tournoi de cinq équipes (en 1928, le CS Libertad déclarant forfait après la première journée, ils ne seront finalement que quatre) qui s’affrontent en aller-retour. La LDA a presque réussi un sans-faute avec quatre victoires et une défaite. Si les Manudos l’emportent ou font un match nul face aux Rojiamarillos, ils seront sacrés. C’est alors que le jeune attaquant Alejandro Morera Soto va inscrire un quadruplé et offrir le premier titre de l’histoire du club rouge et noir. Soto est alors de loin meilleur buteur du championnat. Il fait alors partie de l’équipe qui part en tournée au Mexique, la première tournée hors des terres de l’histoire d’un club costaricien, puis au Pérou, où son talent ne passe pas inaperçu, le journal El Nacional de Mexico écrira : « il est le meilleur joueur que nous avons vu jouer. Il était annoncé comme le magicien du ballon, mais nous l’appellerons Alejandro Magno, l’empereur du ballon. Sa manière de conduire la balle est unique et ses autres qualités en font une figure mondiale de ce sport ». Ne lui reste alors qu’à découvrir l’Europe.

sotobarcaÀ la conquête de l’Europe

En février 1933, Alejandro est invité par un riche marchand espagnol qui décide de le ramener en Espagne dans le but de le faire signer à Valence. Mais une autre légende du foot costaricien, Ricardo Saprissa, qui vit déjà en Espagne – il a même représenté son pays d’adoption aux Jeux Olympiques de 1924 –, intercepte son compatriote à son arrivée au port de Cuidad Condal avec les dirigeants de l’Espanyol Barcelone le club dans lequel il évolue à l’époque. Soto est hébergé dans le fameux chalet de Sarria et deux mois après son arrivée, en avril 1933, il fait ses débuts face à l’Atlético de Madrid.

Il est alors très vite repéré par le grand club de la ville, le FC Barcelone. Un peu en crise à ce moment, il décide de le signer avant la fin de saison ainsi que Jaguaré et Dos Santos. Il effectuera ses débuts en blaugrana le 18 mai 1933 dans un match contre Tenerife au cours duquel il inscrit un doublé dans la victoire 3-1 du FC Barcelone. Durant la saison suivante, il inscrit 41 buts en 43 matchs dont un but symbolique et historique dans le Clásico face au Real Madrid lors de défaite 2-1 face au meilleur gardien du monde à l’époque le célèbre Ricardo Zamora. La saison 1934-35 est moins bonne, 24 matchs pour 12 buts, mais la presse lui dresse des louanges notamment le quotidien Catalan Mundo Deportivo qui écrira « L’Amérique peut difficilement nous envoyer un footballeur meilleur que Morera ». Après avoir inscrit 68 buts toutes compétitions confondues et remporté le championnat de Catalogne, il quitte alors le FC Barcelone pour Hercules mais le déclenchement de la guerre civile de 1936 en Espagne va changer sa vie. La guerre l’emmènera en Hongrie, invité à fuir l’Espagne par Emil Berkessy et Mario Cabanes ses anciens coéquipiers de Barcelone avec qui il formait le trio que l’on surnommait Los Très Mosqueteros Azulgrana. Mais sans argent, puisqu’il ne peut plus revenir chez lui en Espagne, il offre ses services à un club français, Le Havre, pour lequel il disputera deux matchs et inscrira deux buts. Fin novembre 1936, il arrive à regagner le Costa Rica.

La fin de la légende

De retour au Costa Rica, il va jouer dans le club qu’il lui aura tout donné, Alajuelense de 1936 à 1947. Il dispute son dernier match face au Municipal Lima le 6 avril 47 avant de poursuivre pendant deux saisons en tant que coach des Manudos. En 1958, il est élu à l’assemblée législative de la province d’Alajuela, il devient par la suite Gouverneur et Président de la municipalité d’Alajuela (de 1966 à 1970). Il décède le 26 mars 1995, à l’âge de 85 ans d’une athérosclérose. Pour lui rendre hommage, le club d’Alajuelense, qui a déjà nommé son stade à son nom au milieu des années soixante, édifie un monument sous une tribune dans lequel son cœur est déposé.

Alejandro Morera Soto est une légende au Costa Rica, premier sportif avec Ricardo Saprissa qui a contribué à mettre le pays sur une carte du monde. Aujourd’hui chaque fan de foot, fan d’Alajuelense, connait l’histoire du seul Ticos à avoir porté les couleurs du FC Barcelone.

sotocorazon