Vendredi 26 mars 2010.

Honduras

La Coupe du Monde approche à grand pas. Après le dossier consacré à l’équipe nationale néozélandaise, Lucarne Opposée vous propose aujourd’hui la suite de son voyage chez les peu médiatisés avec le Honduras.
Avant propos

Après la Nouvelle Zélande, Lucarne Opposée vous propose une plongée dans le football hondurien. Alors que les grands clubs locaux tentent d’exister dans le paysage américano-mexicain de la CONCACAF (voir le bon parcours de Marathon), c’est une équipe nationale en plein essor que vous aller découvrir aujourd’hui. Vous en avez désormais l’habitude, à chaque dossier, je pars à la rencontre de supporters. Pour ce dossier sur le Honduras, je souhaite ainsi remercier les membres du forum dédié au Honduras sur bigsoccer.com.

Eléments historiques.

Si 1982 a marqué une génération entière de petits supporters bleus-blancs-rouges, la Coupe du Monde espagnole a également laissée des traces dans les mémoires du peuple hondurien. Qualifiés pour la première fois de son histoire, les Catrachos (surnom de la sélection) allaient sortir avec les honneurs après avoir notamment bousculé le pays organisateur qui n’avait du son salut qu’à un penalty alors que lors de la dernière journée, le Honduras était éliminé suite à un penalty yougoslave de fin de match.

S’en suivi une longue traversée du désert avant qu’au début des années 2000, une génération dorée voit le jour. Tout débute en 2001 lors de la Copa America colombienne. Appelé de dernière minute pour palier le forfait de l’Argentine, le Honduras surprend tout le monde et, emmené par Amado Guevara, meilleur joueur du tournoi et actuel capitaine de la sélection nationale, termine troisième de la compétition après avoir notamment éliminé le Brésil en quart de finale. Derrière la sélection, les équipes de jeunes montrent également de réels progrès : les moins de 17 ans ont participé aux deux dernières Coupe du Monde de leur catégorie d’âge alors que les moins de 20 ans ont participé à deux des trois dernières éditions.

Qualifiés lors de l’ultime journée de la phase de groupe de la zone CONCACAF, le Honduras retrouve ainsi l’élite mondiale après 28 ans de disette. Pour leur seconde participation, les Catrachos retrouveront l’Espagne, histoire d’effacer un douloureux souvenir et montrer qu’effectivement, le Honduras est LA nation montante de la zone nord-américaine.

L’entretien.

Je suis donc parti à la rencontre des supporters honduriens pour échanger au sujet de leur sélection favorite.

La dernière participation de la sélection remonte à 1982. Avez-vous quelconque souvenir de cette unique participation ?

jcvf90 :
Je n’étais pas né mais mon père avait 16 ans à l’époque. Il m’a raconté que la famille s’était offert une nouvelle télé uniquement pour cette Coupe du Monde, qu’ils ont fait la fête toute la journée suite au match nul avec l’Espagne. Nous sommes tous extrêmement fiers de cette équipe la. La meilleure équipe hondurienne de tous les temps vu la manière avec laquelle ils nous ont représenté. La plupart d’entre nous s’est aussi sentie volée par l’arbitre chilien qui offrit le penalty victorieux à la Yougoslavie à la 88e minute. Sans ce penalty, nous allions au second tour.

Safcfan : J’avais quatre ans et tout ce dont je me souviens est à quel point tout le monde était heureux d’être à cette Coupe du Monde (surtout qu’on a fait bonne figure).

28 ans d’absence, c’est long. Il y a-t-il une fièvre Coupe du Monde depuis la qualification ?

jcvf90 : Clairement. Les gens adorent le football au Honduras. Je ne sais pas si tu es au courant mais il y  a eu des évènements politiques qui ont divisé la population pendant la phase de qualification. Les familles s’entre-déchiraient mais lorsque l’équipe nationale jouait, tout le monde s’unissait derrière le drapeau national. C’était tellement énorme que notre sélectionneur colombien, Reinaldo Rueda, a reçu le grade de citoyen d’honneur par le congrès. Tout le monde est prêt et attend le 16 juin 2010 : parce que le Honduras sera de retour en Coupe du Monde !!

Safcfan :
Tout le monde est excité. Surtout que beaucoup d’entre nous sont pessimistes et ne pensent pas qu’on y reviendra de sitôt. D’un autre côté, on ne peut pas leur reprocher ce pessimisme : il a fallu 28 ans pour revenir.
{xtypo_quote_left}On est pour la plupart très excités de jouer l’Espagne parce que c'est la meilleure équipe du monde et que c’est exactement l’intérêt d’une Coupe du Monde : jouer des matchs contre les meilleurs.{/xtypo_quote_left}

En tant que supporters, qu’attendez-vous de cette Coupe du Monde 2010 ?

jcvf90 : La plupart d’entre nous espèrent aller disputer le second tour mais on est conscients que les côtes sont contre nous. On est pour la plupart très excités de jouer l’Espagne parce que c'est la meilleure équipe du monde et que c’est exactement l’intérêt d’une Coupe du Monde : jouer des matchs contre les meilleurs. A partir du moment où on ne se met pas dans l’embarras, je suis sur qu’on sera excités par cette Coupe du Monde.

Safcfan : On se souvient tous de la façon dont on s’est fait voler en 1982. L’arbitre avait donné ce penalty fantôme à l’Espagne pour qu’ils égalisent. L’Espagne était le pays hôte : on savait que ce genre de chose allait se produire. Cette année, on espère juste bien figurer et se battre. L’équipe 2010 est différente de cette du passé car elle est nettement plus défensive (c’est aussi ce qui nous a permis de nous qualifier), mais on sait aussi faire preuve d’intelligence offensive.

Amado GuevaraQuels joueurs faudra-t-il suivre avec attention aux côtés des connus comme Suazo ou Palacios ?

Safcfan : De nombreux joueurs de notre équipe ont un gros potentiel mais ils sont irréguliers. Je dirais quand même que Figueroa et Osman Chavez peuvent être de jolies surprises pour les gens qui ne connaissent pas le Honduras.

jcvf90 : Et Amado Guevara, notre capitaine. Le joueur le plus cappé de l’histoire du pays, il a une super vision du jeu et est mon joueurs préféré de tous les temps. Après on a Edgar Alvarez qui joue a Bari et fait une super saison. C’est un joueur très rapide sur les ailes. Maynor Figueroa de Wigan : une bête en défense qui jouera dans l’axe avec la sélection. Il a aussi marqué un but du milieu du terrain cette saison. Enfin, Rambo de Leon : le spécialiste des coups de pieds arrêtés (demande aux mexicains). Il tire les coups francs aussi bien qu’aucun autre joueur au monde.

Safcfan : Certains auront une pression particulière comme David Suazo. Il n’a jamais été réellement bon lors des grands matchs avec la sélection. Souvent il ne vient même pas parce qu’il était pris par ses matchs italiens ou parce qu’il est blessé. Nombreux sont ceux qui ont douté de son envie réelle de jouer avec la sélection. Heureusement, des joueurs comme Pavon et Costly l’ont bien remplacé et su élever leur niveau de jeu. Ainsi, Suazo apparaît comme notre meilleur joueur mais il n’a jamais été convaincant avec la sélection. Cette Coupe du Monde est pour lui l’occasion de devenir enfin un héros national. Remarque, on pourrait dire la même chose d’Edgar Alvarez mais je pense que Suazo attire plus l’attention.

Intéressons-nous désormais au football local. Comment évaluez-vous le football hondurien en comparaison des autres footballs de la zone CONCACAF ?

jcvf90 : Nos clubs sont loin derrière les clubs mexicains mais nos meilleurs éléments (Motagua, Olimpia, Marathon et le Real España) peuvent lutter avec n’importe quel club de la MLS. Après, il a y a une réelle baisse de niveau (malgré ce que laisse penser le classement en championnat).

Safcfan : C’est surtout l’organisation du foot qui est terrible au Honduras. Il n’y a rien qu’à voir notre préparation à cette Coupe du Monde : on n’a quasiment aucun match amical de prévu et ceux qu’on a le seront contre des équipes qui ne joueront pas la Coupe du Monde (à l’exception des USA). L’organisation est un désastre. L’encadrement aussi. Nos équipes de jeunes sont vraiment bonnes mais aucune ne se développe ensuite et les joueurs progressent rarement (exemple Emil Martinez). C’est aussi un problème de niveau d’éducation : c’est compliqué d’encadrer un joueur qui n’a pas dépassé le CM2.
Après, je dirais que le meilleur club hondurien peut battre le meilleur club de MLS mais la pire équipe hondurienne perdrait assurément contre la plus mauvaise équipe de MLS. Il n’y a pas de réelle opposition dans notre championnat : comme partout dans le monde, celui-ci est dominé par quelques équipes.

C’est un portrait assez inquiétant que vous dressez la. Que manque-t-il alors au Honduras pour se développer ? Les jeunes ne restent pas suffisamment ? Comment émergent les talents ? Existent-ils des écoles de football au Honduras, écoles qui prennent en charge les jeunes ?

Catracho_Azul : On ne peut pas vraiment dire que le Honduras est connu pour exporter ses jeunes talents. Si je devais vraiment donner une réponse à cette question, je répondrais par la négative car la plupart de nos jeunes n’émergent vraiment qu’au niveau sénior. Ils ne partent jamais avant 22-25 ans. Après en ce qui concerne les écoles de foot, il y en a quelque unes mais elles ne jouent pas le rôle majeur qu’elles ont au Brésil ou en France. Nos gamins arrivent de nulle part à n’importe quel âge.

Jcvf90 : Le problème avec le football de jeunes au Honduras est vraiment un souci d’éducation. Les gamins dépassent rarement la sixième au mieux. Ainsi, ils font souvent les mauvais choix dans leur vie et leur carrière. Je reste persuadé qu’on a le plus grand vivier de talent de la zone mais il n’y a rien pour polir ces talents, pour les encadrer, les modeler en un joueur capable de résister à toute pression.

Le souci est qu’on est bloqué sur le plan économique : les gens riches à la tête de la fédération prennent une grande partie de l’argent pour leur compte personnel avant de s’intéresser à développer des projets pour le football local. En terme d’argent, les américains sont au dessus et ce n’est rien comparé aux mexicains qui sont clairement sur une autre planète.

Le Honduras n’a que 7 millions d’habitants et si nous parvenons à tenir le coup face aux gros, c’est qu’on a un vivier de talents exceptionnel. Pour nos jeunes, la meilleure solution est de partir parce que s’ils restent, ils n’ont aucune chance de jouer, barrés qu’ils seront par les joueurs plus âgés et les joueurs étrangers. La ligue a beau essayer d’améliorer les règles, ce n’est pas suffisant.

Mais je pense que le fond du problème est économique. Pour faire progresser notre football, nous devons améliorer la qualité des matchs et pour cela, il faut de l’argent (pour développer les talents, acheter de grands joueurs…) et c’est précisément ce qu’il manque. On a des joueurs qui attendent des mois avant d’être payés. L’organisation est déficiente également…..je continuer ainsi des jours durant. On a aussi un problème de sécurité au Honduras : les gens ont peur d’aller au stade la nuit, il n’y a pas assez de policier pour encadrer et améliorer la situation.

Indépendamment des problèmes de sécurité, s’il y avait un meilleur produit à proposer, les gens iraient au stade (et donc plus d’argent), cela attirerait les sponsors (entrées d’argent) et avec cet argent en plus, on aurait de meilleures infrastructures qui aideraient également à continuer d’améliorer le produit.
{xtypo_quote_right}Nous sommes dans l’un des cycles les plus brillants de l’histoire du football local : depuis 2006 on a fait deux Coupes du Monde des moins de 17 ans, une des moins de 20 ans, les Jeux Olympiques (pour la seconde fois de l’histoire après ceux de 2000) et désormais la Coupe du Monde.{/xtypo_quote_right}

Cela veut-il dire qu’après la Coupe du Monde, le Honduras repartira de zéro ?

Catracho_Azul : Je dirais qu’on est à une étape de transition avec cette Coupe du Monde. Transition entre deux générations : la fin des Pavon, Amado, Turcios et le début des Figueroa, Costly, Palacios….

jcvf90 : Oui, je ne dirais pas qu’on repartira de zéro. Il y a cette chose admirable au Honduras, malgré tous ces éléments négatifs évoqués ici : nous avons toujours eu de réels bon joueurs. C’est clairement du que certains talents ont émergés mais trop peu on vraiment été façonnés. Après la débâcle des qualifs de 2001, je pensais réellement que c’en était terminé, que nous ne verrions plus jamais une vrai bonne génération de footballeurs. Pourtant, les qualifs pour la Coupe du Monde 2006 ont prouvé le contraire. J’ai vu que nous avions pleins de joueurs très talentueux mais le problème alors fut les soucis avec Bora Milutinović qui ont mis la pagaille alors.

Après cette Coupe du Monde 2010, ces joueurs là ne joueront probablement plus : Guevara, Pavon, Turcios. En revanche, on devrait retrouver les Rambo de Leon, Edgar Alvarez et David Suazo pour la prochaine Coupe du Monde au Brésil (si on la fait). Ensuite viendra l’heure des Palacios, Costly, Figueroa et Thomas. On a déjà quelques jeunes qui ont fait des Coupe du Monde de leur catégorie d’âge et devraient rapidement émerger.
Le problème auquel nous sommes confrontés est aussi que le championnat local laisse trop de place aux joueurs étrangers. Le Honduras devrait avoir pour règle de donner priorité aux joueurs honduriens (9 sur les 11 joueurs sur le terrain devraient être honduriens). On a tous ces uruguayens, brésiliens et argentins qui prennent la place de nos jeunes. Il y a une règle imposant de faire disputer aux jeunes un certain nombre de minutes par saison, mais ce n’est pas suffisant.

Tiraillée entre une génération dorée et de grandes difficultés à franchir un palier supplémentaire, la sélection nationale pourrait bien surprendre plus d’un suiveur, à l’image de celle de 1982 dont elle est l’héritière. Le mot de la fin est pour jcvf90 qui résume parfaitement cette passionnante discussion : « On s’attend à prendre une fessée devant l’Espagne mais on est excité de jouer les meilleurs. On n’aurait aucune chance de jouer ces équipes de ce calibre si nous n’allions pas jouer une Coupe du Monde donc oui, tout le monde est très excité. Je ne sais pas si tu es au courant mais nous sommes dans l’un des cycles les plus brillants de l’histoire du football local : depuis 2006 on a fait deux Coupes du Monde des moins de 17 ans, une des moins de 20 ans, les Jeux Olympiques (pour la seconde fois de l’histoire après ceux de 2000) et désormais la Coupe du Monde. Malheureusement, un grand nombre des talents de ces équipes de jeunes ont été perdus uniquement parce que le football peine à se développer uniquement pour ces raisons économiques qui empêchent d’amener des éducateurs pour polir ces talents. »

Vous le voyez, c’est une équipe porteuse d’un énorme espoir national qui se présentera en Afrique du Sud.

Nicolas Cougot
Créateur et rédacteur en chef de Lucarne Opposée.