À la surprise générale, en France comme en Colombie, Luis Suárez rejoint l’OM. Parti très rapidement de sa Colombie natale son parcours n’a pas été un long fleuve tranquille. Loin de là.

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À bientôt vingt-cinq ans, Luis Javier Suárez va donc vivre la plus belle expérience de sa carrière en rejoignant l’Olympique de Marseille. S’il a découvert l’Europe avec Granada, avec le club olympien, il disputera sa première Ligue des Champions. Une belle vitrine à l’aube d’un nouveau cycle pour sa sélection qu’il a boudée chez les jeunes avant d’y entrer très timidement en 2020.

Sauvé par le football

Né à Santa Marta, comme un certain Radamel Falcao, l’enfance de Luis Javier Suárez a été difficile, et c’est un euphémisme. Dans un entretien pour AS réalisé en 2019, il raconte : « Je viens d’un quartier compliqué où on voit des trafics de drogue, des vols et des assassinats… C’était compliqué parce que c’était ce que je voyais tous les jours au final. La plupart des jeunes cherchent l’argent facile et au final c’est le chemin qu’ils suivent ». Ce chemin, il ne lui suit pas, mais ces conditions compliquées forgent son caractère, « je crois que quand on vient d’aussi bas, quand on a cette opportunité, on se bat sur chaque ballon, sur chaque situation parce qu’on sait d’où on vient », confie-t-il dans ce même entretien. Élevé par sa mère et son grand-père paternel, il découvre le football grâce à ce dernier alors qu’il a douze ans au sein d’un club local, le Club Deportivo Versalles, situé à deux pas du quartier natal du pibe. Si une fracture du crâne l’a freiné dans son adolescence, il réussit néanmoins à atteindre le monde professionnel, repéré grâce à ses énormes performances dans les tournois locaux au cours desquels il empile les buts.

Passé tout proche de signer à Cruzeiro, il rejoint finalement le modeste club colombien de second division, Leones, club d’Itagüí, ville située dans la banlieue de Medellín. Le 5 octobre 2015, il fait officiellement ses débuts au Pascual Guerrero de Cali lors d’un match contre l’América, un géant continental. S’il ne trouve pas le chemin des filets et rate la montée avec son club, du haut de ses seuls huit matchs seulement au compteur, il ne s’attarde pas en Colombie et rejoindra la liste des joueurs qui rejoignent l’Europe sans passer par les cases MLS, Argentine ou Brésil. Son transfert vers le Vieux Continent est l’œuvre de son ancien agent, Luis Felipe Posso qui lui fait passer un test à la Sampdoria. La suite il la raconte dans un entretien à El País : « Là-bas j’ai été repéré par l’entreprise de Gino Pozzo qui sont les propriétaires de l’Udinese et de Watford. Ils avaient aussi Granada en Espagne, on s’est mis d’accord pour que j’aille là-bas et c’est comme ça que je suis resté en Europe ». S’il a d’abord rejoint la réserve qui évolue en troisième division, il a progressivement monté les marches, jusqu’à arriver dans l’élite avec le club andalou. Suffisamment haut pour que son nom soit cité dans les possibles appelés en sélection.

Un rapport compliqué avec la sélection cafetera

Si représenter sa sélection est un rêve pour la plupart des joueurs, les deux premières sélections de Luis Suárez ont tourné au cauchemar. À la suite de ses bonnes prestations avec son club espagnol, il est appelé par Carlos Queiroz pour la double confrontation contre l’Uruguay à Barranquilla et le voyage à Quito pour affronter l’Équateur. La sélection cafetera s’incline lourdement à la maison contre la Celeste (sans qu’il n’entre en jeu), puis, pour les grands débuts de Suárez, qui entre à la pause à la place de Luis Díaz alors que la Colombie est déjà menée 4-0, il ne peut rien faire d’autre que mesurer l’immensité du camouflet reçu par la sélection : défaite 6-1. Pour ses débuts, la double confrontation met déjà fin à ses rêves de Mondial.

S’il affirme que porter le maillot de la sélection colombienne était son rêve, dans les faits, cela n’a pas toujours été le cas. Arrivé à dix-huit ans en Espagne, ayant obtenu la nationalité espagnole, un événement le met en colère : alors qu’il évolue dans la réserve de Granada et marque quelques buts il n’est pas appelé par Arturo Reyes le sélectionneur des U20 pour un tournoi disputé au Pérou au contraire d’un de ses coéquipiers qui avait nettement moins de temps de jeu. Furieux, Suárez menace alors de défendre les couleurs de La Roja : « à partir de ce moment j’ai gardé une colère contre eux. Si en Espagne ils me donnent une opportunité que ce soit la bienvenue, je n’hésiterai pas ». Finalement appelé chez les A, après sa première cape à Quito, il attend février 2022 et un match en Argentine pour vêtir à nouveau le maillot de la sélection cafetera (nouvelle défaite 0-1). Suárez connaît ensuite deux autres sélections, ses deux premières victoires, contre le Venezuela en mars et la dernière en juin 2022 lors d’un amical contre l’Arabie saoudite, sa première titularisation, un match où il a été loin d’être convaincant sur le côté gauche.

Vitesse et puissance

Pablo Longoria l’a dit, Luis Suárez est polyvalent. Capable de jouer en pointe, il peut aussi évoluer sur un côté, à gauche ou à droite puisqu’il a les deux pieds. Avec des grosses qualités naturelles de vitesse et de puissance, il est bien plus à l’aise quand il est face au jeu et surtout quand il a beaucoup d’espaces. Un profil qui n’existait pas vraiment à Marseille, en tout cas pas avec cette expérience. Un peu plus haut il disait se battre tous les ballons, dans les faits ça se voit aussi. Pas avare d’efforts, il peut parfaitement s’intégrer dans le système que veut mettre en place Igor Tudor et ce pressing haut. Compatible avec l’ADN de l’OM. Revers de la médaille, très énergivore son jeu peut lui faire manquer de lucidité dans le dernier geste. S’il est à l’aise quand il a le jeu face à lui, jouer dos au but pourrait être un peu plus compliqué, comme s’il évolue seul en pointe et sans création où il pourrait alors avoir des airs de Valère Germain.

Grand admirateur de Ronaldo, Luis Suárez est le premier joueur colombien à poser ses valises dans la cité phocéenne. Auteur de huit buts et quatre passes décisives, il se trouve face au plus gros challenge de sa carrière, au premier grand tournant, celui de découvrir un nouveau club quand la sélection débute un nouveau processus. À lui de bien le négocier et nul doute que s’il brille dans un club qui n’est pas inconnu en Colombie, il s’imposerait comme une sérieuse alternative pour l’attaque cafetera.

 

Photo : SAKIS SAVVIDES/AFP via Getty Images