Ayant su résister aux attaques malsaines venues d’Europe, la Coupe d’Afrique des Nations débute ce week-end au Cameroun. Vingt-trois formations se présentent sur la ligne de départ pour succéder à l’Algérie, grand favori pour le titre. Mais le chemin de la finale est encore long…

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Il parait que l’on devrait s’y habituer. Ce n’est pourtant pas possible. Après avoir fait pression sur la Copa América, la Gold Cup, les éliminatoires pour la Coupe du Monde, les clubs européens ont décidé de venir faire pression sur les instances africaines puis sur les joueurs pour faire barrage à la CAN. Inacceptable eurocentrisme, manque de respect pour les autres continents, pour l’histoire du football, pour le football de sélection. Mais l’Afrique a su rester solide (à défaut d’être parfois solidaire – voir le magnifique coup de gueule de Samuel Eto’o à ce sujet), certains joueurs ont réussi à gagner leur bras de fer. Et le joyau, la Coupe d’Afrique des Nations, a été maintenue, preuve qu’il est encore possible de résister. Le Cameroun peut ainsi se préparer à célébrer le football de son continent, les vingt-quatre sélections qualifiées pour la phase finale seront du rendez-vous. Ajouté à cette pression malsaine (voire ce sentiment de condescendance de la part des clubs européens que bien d’autres continents peuvent partager avec l’Afrique), la menace de la COVID-19 continue de planer sur la compétition, la phase de préparation de bien des sélections étant déjà fortement perturbée. Mais ils seront tout de même vingt-trois à chercher à faire tomber l’Algérie, grand prétendant à sa succession et les candidats aux dents longues ne manquent pas alors que certains se voient déjà endosser un costume de sensation. Présentation des groupes.

grA

Huitième de finaliste de la précédente édition, sorti par le Nigeria, le pays-hôte, le Cameroun, veut profiter du retour de l’épreuve sur son sol cinquante ans après l’unique édition accueillie, pour rebondir. Sur le papier, le vainqueur 2017 a de quoi sortir de son groupe, même si son sélectionneur, António Conceição, préfère jouer la prudence à l’heure de se lancer dans l’épreuve. Pourtant, le potentiel de cette équipe est grand, d’André Onana dans les buts, à l’incroyable armada offensive composée de Vincent Aboubakar, Éric Maxim Choupo-Moting, Karl Toko-Ekambi, Christian Bassogog, Clinton N’Jie, Ignatus Ganago ou encore Stéphane Bahoken. Seule incertitude, le manque d’expérience internationale de la défense au sein de laquelle seul le trio Onyongo – Ngadeu-Ngadjui – Fai peut aligner deux chiffres à son compteur de sélections. Il y a pourtant de la jeunesse talentueuse, on pense notamment à l’une des belles révélations de la saison MLS Nouhou Tolo et un équilibre qui semble aussi déjà trouvé, les résultats l’attestant : le Cameroun a sorti la Côte d’Ivoire de la course à la Coupe du Monde et n’est plus qu’à une marche de celle-ci. Il est de fait favori de son groupe.

Il faudra tout de même se méfier des autres concurrents du groupe. Pour son retour après la troisième place décrochée en 2017, le Burkina Faso a tout de l’empêcheur de tourner en rond. En témoigne sa belle campagne de qualification à la Coupe du Monde qui a vu les Étalons manquer d’un rien d’éliminer l’Algérie (deux nuls face aux Fennecs faisant qu’une victoire face à Niger leur aurait par exemple donné la qualification). Si l’on ne sait pas si Bertrand Traoré pourra être aligné par Kamou Malo, on regardera tout de même avec attention l’étoile montante Edmond Tapsoba au sein d’une sélection qui possède une base défensive capable de résister au choc et d’envisager le meilleur. L’autre perturbateur principal du groupe devrait être le Cap-Vert. Après deux éditions manquées, les Requins Bleus arrivent avec un groupe très expérimenté, capable de jolis mouvements collectifs sur le pré montrant que les automatismes sont acquis depuis longtemps. Vozinha, Djaniny, Ryan Mendes, Marco Soares et Julio Tavares était par exemple déjà présents en 2013 lors de l’historique campagne qui s’était terminée en quarts de finale (défaite face au Ghana). Cela ressemble peut-être à un dernier tour de piste, mais le Nigeria, qui a eu quelques frayeurs en éliminatoires mondiaux, vous confirmera que ces requins pourraient bien causer quelques dégâts.

Quelle place reste-t-il à l’Éthiopie. Sans doute pas celle du vainqueur comme en 1962, mais pour leur retour en phase finale après neuf années d’absence, les Walya veulent continuer de démontrer la progression de leur championnat local, dont les meilleurs joueurs composent la quasi intégralité du groupe de Wubetu Abate. On pourra ainsi suivre le maître à joueur Shimelis Bekele, le buteur Getaneh Kebede et l’espoir Abubeker Nassir, vingt-et-un ans et déjà vingt-neuf buts en vingt-trois matchs d’Ethiopian Premier League.

grB

Qui pourra bien empêcher le Sénégal de sortir de son groupe ? Sans doute pas grand-monde. Mais il est une certitude : les hommes d’Aliou Cissé sont attendus au tournant et sont à classer au rang des favoris de l’épreuve. Car même si l’affaire Ismaïla Sarr, retenu par Watford mais finalement libéré après avoir gagné son bras de fer, même si le départ pour le Cameroun a été perturbé par des suspicions de COVID-19 au sein de la délégation, le groupe à disposition du sélectionneur en place depuis désormais sept ans est d’une incroyable densité et dispose de talents à chaque ligne qui évoluent dans les meilleurs clubs d’Europe (il suffit de citer Édouard Mendy, meilleur gardien évoluant en Europe en 2021, l’essentiel Gana Gueye au milieu ou l’immense Sadio Mané devant pour convaincre les derniers sceptiques). Après une campagne de qualification mondiale en mode rouleau compresseur, il reste désormais à Aliou Cissé de prouver à ses détracteurs qu’il peut se mettre au niveau de l’effectif dont il dispose. Finaliste en 2002 et lors de la dernière édition, le Sénégal dispose des armes pour aller chercher enfin une couronne attendue par tout un peuple. Au vu du matériel et du temps dont Cissé a disposé, tout autre résultat serait clairement un échec. Comme tout autre résultat qu’une victoire dans son groupe.

Face à lui, la Guinée semble se dégager. Semble car si sur le papier, il y a de la qualité, bien au-delà de Naby Keita avec notamment Amadou Diawara, Issiaga Sylla ou encore l’une des belles révélations de Ligue 1, Mohamed Bayo, une fois encore, les coulisses sont loin d’être apaisées. Le limogeage de Didier Six à moins d’un mois de l’épreuve, l’intronisation de Kaba Diawara en intérimaire dans une ambiance assez lourde ont été « récompensés » par une lourde défaite en préparation contre un Rwanda qui ne participe pas à la CAN. Ajouté à une campagne d’éliminatoires déjà peu emballante (aucune victoire dans un groupe composé du Maroc, de la Guinée-Bissau et du Soudan, le Syli National semble surtout espérer trouver inférieur à lui pour retrouver les huitièmes comme en 2019 et surtout, à trois ans d’accueillir l’épreuve, commencer à véritablement se mettre dans le bon sens.

Il est vrai que les deux autres membres du groupe ne semblent pas constituer d’énormes menaces. Le Zimbabwe n’a jamais réussi à s’extraire du groupe lors de ses quatre participations précédentes et ne compte même pas sur ses meilleurs éléments. Khama Billiat, capitaine en novembre, a attendu la fin des éliminatoires pour surprendre son monde en annonçant sa retraite internationale, de laquelle le sélectionneur intérimaire Norman Mapeza n’a pas réussi à en sortir, alors que Marshall Munetsi, Marvelous Nakamba, Tawanda Maswanhise ou encore Tendayi Darikwa ne sont pas non plus du voyage. Ne reste comme « star » que Tino Kadewere pour épauler Knowledge Musona sur le front de l’attaque. Le tout avec un groupe réduit de vingt-trois joueurs qui va devoir également prier pour éviter toute contamination durant le tournoi.

Enfin, le Malawi, petit poucet du groupe revient en phase finale plus de dix ans après sa deuxième apparition. Les Flammes sortent d’une mauvaise campagne d’éliminatoires et arrivent avec un nouveau sélectionneur, Mario Marinică, initialement « prévu » pour être directeur technique avant d’assurer la charge du poste et se sont rassurées en préparation avec une victoire sur les Comores. Le Roumain annonce vouloir mettre en place une équipe qui « joue vite, pense vite, se déplace vite et reste organisée », reste à savoir si la dizaine de jours de préparation suffira à mettre sa philosophie en place.

grC

Le traumatisme de 2018 et 2019 est-il enfin oublié ? À l’heure de se présenter sur la ligne de départ de la CAN, le Maroc est en droit de se poser la question. La réponse vient sans doute du terrain mais aussi des coulisses. À l’image du modèle de gestion du football par la fédération, un exemple pour bien des pays, les choix pour assurer la succession d’Hervé Renard ont été justes. L’arrivée de Vahid Halilhodžić a remis les idées en place en même temps qu’elle a apporté un nouvel équilibre sur le pré. Le Maroc a dominé son groupe de qualification pour la CAN, n’encaissant qu’un but, avant de littéralement écraser celui qui lui a été offert pour le deuxième tour des éliminatoires, tournant à plus de trois buts de moyenne par match. Et la dynamique est de nouveau enclenchée, les A’ ont même accroché l’Algérie lors de la Coupe Arabe quand les locaux ont remporté les deux derniers CHAN. Coach Vahid n’a perdu qu’un seul de ses vingt matchs à la tête des Lions de l’Atlas, un amical face au Gabon en octobre 2019 et s’appuie sur un groupe débordant de talent à chaque ligne. Bounou dans les cages, installé également à Séville, des cadres défensifs nommés Hakimi, Aguerd et Saïss, une jeunesse qui arrive au milieu comme Louza, Chair, du talent offensif avec des dynamiteurs comme Boufal, ou des buteurs tels que En-Nesyri ou El Kaabi. De solides arguments donc pour des Lions qui espère faire oublier les traumatismes d’un huitième de finale qu’il a laissé s’échapper en 2019 pour enfin viser plus haut.

La chance du Maroc est qu’il dispose d’un statut de grandissime favori de son groupe. Dix ans après avoir quitté tête basse Soccer City à Johannesburg, les rêves d’une demi-finale mondiale pour un pays africain s’envolant, Milovan Rajevac est revenu au chevet de ses Black Stars. Entre temps, il a notamment connu une pige en Algérie, un échec en Thaïlande. Il est chargé de reconstruire et relancer une dynamique au sein d’une sélection qui fut l’une des grandes animatrices du début de XXIe siècle mais qui court après quarante ans de disette continentale. L’élimination en huitièmes de finale de la dernière édition était le pire résultat depuis celle au premier tour en 2006, elle se doit d’être effacée. Pour cela, le Ghana compte encore sur les frères Ayew, ses cadres offensifs, s’appuie sur quelques joueurs rodés à l’Europe, dont son homme clé du milieu Thomas Partey et comptent sur quelques diamants bruts, Mohammed Kudus (s’il finit par jouer, lui qui était longtemps incertain et que l’on n’imaginait pas finir dans les vingt-huit), Kamaldeen Sulemana, qui régale le Roazhon Park depuis quelques mois et celui que l’on espère apercevoir, Abdul Fatawu Issahaku, à peine dix-sept ans, vu par certains comme le nouvel Abedi Pelé et élu meilleur joueur de la CAN U20 qu’il a remporté avec le Ghana il y a un an.

Derrière le duo, on se demande si finalement le danger ne se nomme par Comores. Les Cœlacanthes sont clairement la grande et belle histoire, celle d’un projet porté par un homme : Amir Abdou. Arrivé en 2014, le Franco-comorien a bâti sa sélection en s’appuyant en grande partie sur la diaspora comorienne, souvent établie en région marseillaise d’où il est originaire. Cette diaspora provençale s’est élargie mais a surtout acquis une expérience commune qui a abouti à cette historique présence en phase finale de la CAN (pour mieux connaître cette sélection, on en saurait que trop vous conseiller de lire son histoire en trois parties chez Comoros Football : partie 1  - partie 2 - partie 3). La progression est constante et même s’il subsiste encore quelques échecs, le dernier étant sans doute la non qualification pour la Coupe Arabe, les Cœlacanthes ont tout pour être l’une des belles surprises dans ce groupe. Les cadres Ali Ahamada, Nadjim Abdou, Kassim Abdallah sont toujours là, on suivra également avec attention les excellents « choletais » Younn Zahary en défense et Faiz Mattoir en attaque, ce dernier offrant avec Faiz Selemani quelques belles possibilités de déstabiliser bien des défenses.

Si les Comores peuvent endosser le statut d’épine plantée dans le pied des favoris, c’est aussi car l’avant compétition du Gabon est l’histoire d’un naufrage. Avec un football local au point mort, des affaires sordides de scandales sexuels au sein des fédérations et sur le terrain, un grand leader au plus mal en termes de confiance, le tout saupoudré d’une polémique et menace de grève autour des classiques affaires de primes et des cas de COVID-19 intervenant quelques jours après une soirée arrosée en pleine préparation, il est difficile de savoir comment les Panthères vont se comporter durant l’épreuve. Voire même si elles ont l’intention de jouer un rôle. Déjà dépassé en éliminatoires pour la Coupe du Monde, rapidement hors course derrière une Égypte bien trop supérieure et des résultats bien trop peu réguliers, le Gabon conserve de la qualité et de l’expérience au sein de son groupe, il suffit de regarder la liste des joueurs accompagnant Pierre-Emerick Aubameyang pour s’en convaincre. Mais il s’agit surtout de savoir si tout ce petit monde parviendra à se focaliser sur un objectif clair : jouer au football et représenter dignement le Gabon. À cette condition, les Panthères pourront espérer venir perturber la hiérarchie annoncée.

grD

On peut être un mastodonte et être pourtant en reconstruction. Après une CAN 2019 décevante à la maison, l’Égypte sautant en huitièmes de finale face à l’Afrique du Sud. Carlos Queiroz est arrivé il y a quelques mois, le temps de dérouler lors du deuxième tour des éliminatoires de la Coupe du Monde et de procéder à une sorte de revue des jeunes lors de la Coupe Arabe. Une Coupe Arabe tout de même assez décevante malgré un effectif de qualité et évidemment l’absence de ses vedettes, mais un jeu pas forcément emballant, les Pharaons peinant à chaque sortie à l’exception du match face au Soudan. Mais Queiroz sera évidemment jugé sur sa CAN, son 4-2-3-1 aussi. Il s’appuie évidemment sur ses cadres, un par ligne (citons Mohamed El Shenawy dans les buts, Ahmed Hegazi en défense, Mohamed Elneny au milieu) et son facteur X, Mohamed Salah, qui sera forcément la grande attraction de la compétition. On jettera tout de même un œil attentif à deux hommes, Mostafa Mohamed devant et Omar Marmoush, sur l’aile gauche. Mais une chose est sûre, l’Égypte et Queiroz disposent d’un groupe suffisamment à leur portée pour parfaitement lancer une épreuve pour laquelle elle se range parmi les favoris.

Troisième en 2019, habitué à être un inévitable épouvantail, le Nigeria arrive au Cameroun dans un étant assez étrange. Le cycle Gernot Rohr a pris brutalement fin alors que les Super Eagles avaient semblé contrôler leur groupe d’éliminatoires. Semblé seulement car ce Nigeria, vainqueur en 1980, 1994 et 2013, n’offre finalement pas de grandes garanties dans son jeu, laissant planer quelques doutes sur sa ligne défensive, qui semble trop friable, et se montre parfois un peu brouillon sur le plan offensif. Cet entre-deux permanent semble donc être le maître mot des Super Eagles 2021/22, jusqu’au niveau du banc de touche. Nommé pour succéder à Rohr, José Peseiro, auteur d’un formidable travail avec le Venezuela ne sera pas sur le banc pour débuter sa reconstruction, se contentant d’observer ce que ses futurs protégés vont faire sous les ordres de l’intérimaire Augustine Eguavoen. Choix étonnant qui semble aussi vouloir dire que les Super Eagles n’ont pas grand objectif au Cameroun. Des aigles privés de leur star, Victor Osimhen, forfait pour l’épreuve, mais au sein desquels l’attraction sera bien évidemment Samuel Chukwueze.

Vainqueur en 1970 (une histoire à retrouver dans le Lucarne Opposée magazine n°15, le Soudan revient en phase finale après dix ans d’absences (et un quart de finale) grâce à un exploit, celui de s’être offert le scalp de l’Afrique du Sud lors de la dernière journée de la phase de groupes. Suffisant pour faire des Faucons de Jediane des prétendants au statut de surprise ? Ce serait sans doute prendre des raccourcis bien illusoires. Car depuis cet exploit, la dynamique ne s’est jamais enclenchée. Pire, elle s’est soldée par une Coupe Arabe totalement ratée (trois défaites, deux cartons encaissés face à l’Algérie et à l’Égypte, aucun but marqué) qui a fini par entraîner le départ d’Hubert Velud à quelques jours de la CAN et intronisé Burhan Tia qui a procédé à un ménage d’avant compétition. Difficile de voir clair dans les ambitions que le Soudan pourrait nourrir, il est certain qu’il jouera sa qualification dès le premier match, dans une « finale » annoncée pour la troisième place face à la Guinée-Bissau.

Une Guinée-Bissau qui peut s’appuyer sur le souvenir d’une victoire 4-2 en terres soudanaises lors des éliminatoires pour la Coupe du Monde pour espérer valider sa troisième participation à l’épreuve reine du continent par une troisième place. La sélection la plus lusophone du tournoi par ses binationaux évoluant en grande majorité dans les divisions portugaise, enchaine une troisième présence consécutive mais les hommes de Baciro Candé, l’homme à l’origine de cette immense performance. Ne reste donc aux Djurtus à gagner leur finale pour continuer d’écrire l’histoire.

grE

Au coup d’envoi d’une compétition, il y a les prétendants, les potentiels outsiders, les aspirants à être des surprises, les favoris. Et parfois, il y a les ogres. Pour cette CAN, il y a un ogre, une sélection qui semble tellement supérieure qu’elle pourrait sembler sans concurrence : l’Algérie. Deux ans après avoir décroché sa deuxième étoile, la bande à Djamel Belmadi semble encore plus forte, encore plus sûre de ses qualités. En atteste la dernière démonstration d’avant-compétition face au Ghana (sans Benlamri, Feghouli, Bennacer et Mahrez, excusez du peu), totalement étouffé. L’Algérie de Belmadi domine, sa « réserve » dirigée par Madjid Bougherra au Qatar n’a pas laissé grande place à la concurrence, montrant l’immensité et l’incroyable supériorité des forces présentes. L’ensemble se traduit en chiffres : les Fennecs pourraient devenir la sélection mondiale avec la plus grande série d’invincibilité de l’histoire, égalant le record à la fin de la phase de groupes (avec trente-quatre, l’Algérie n’est qu’à une longueur de l’Espagne 2007-2009, à deux du Brésil 1993-1996, à trois du record italien établi l’année passée). Sur le papier, la liste des Fennecs donne le vertige, chaque ligne montrant la richesse d’un effectif bien supérieur aux autres. Il faudra tout de même faire attention à ne pas se relâcher, à ne pas reproduire les quelques matchs moins aboutis vus parfois en 2021, mais au coup d’envoi, en espérant aussi que la COVID-19 épargne le tenant du titre, ce dernier est le principal candidat à sa succession.

Sur le papier, le principal rival des Fennecs dans ce groupe se nomme Côte d’Ivoire. Quarts de finalistes en 2019, les Éléphants arrivent pourtant avec une préparation qui n’en a que le nom alors que tout avait été prévu. Patrice Beaumelle a débuté son stage en Arabie saoudite avec un groupe réduit à six joueurs, la FIFA autorisant les clubs à conserver leurs internationaux jusqu’au 3 janvier. Le match de préparation face aux Comores annulé, le deuxième face au Mali l’a été tout autant, la faute à certains joueurs bloqués et des cas de COVID-19. Voilà comment les Éléphants vont débarquer au Cameroun sans le moindre match amical et une préparation très morcelée avec ajouté à cela, l’affaire Sylvain Gbohouo et son contrôle positif à un test anti-dopage. Reste que sur le papier, la Côte d’Ivoire n’a pas à trembler dans son groupe – on attendra avec impatience la revanche du quart 2019 face à l’Algérie – et dispose d’un effectif des plus solides, alignant les éléments évoluant dans les plus grands clubs européens. Encore faudra-t-il que les Éléphants arrêtent de jouer aux montagnes russes, continuant de laisser leurs supporters errer entre espoirs et inquiétudes, la dernière campagne d’éliminatoires ayant mal tournée avec l’élimination après la défaite au Cameroun lors de l’ultime journée.

Lorsque l’on partage son groupe avec deux géants, quelle place prendre ? Pour sa troisième participation, la Sierra Leone arrive en tant que dernier qualifié pour la phase finale. Avec la possibilité d’une troisième place synonyme de qualification, les Leone Stars et leur légende Kei Kamara, que tout amateur de MLS connait bien, espère donc faire mieux que lors des deux précédentes participations au milieu des années quatre-vingt-dix. Reste à trouver un rythme, les Leone Stars n’ayant disputé que quatre petits matchs en 2021… Mêmes ambitions pour une Guinée équatoriale qui revient sept ans après son incroyable quart de finale et après une année 2021 qui a été celle du rebond à la suite de la nomination de Juan Micha à sa tête, le Nzalang Nacional faisant même trembler la Tunisie dans la campagne de qualification. La dynamique penche en faveur des hommes de Micha même si le calendrier d’un groupe composé en grande majorité de joueurs évoluant dans les divisions inférieures espagnoles pourrait être le grand adversaire, la Guinée équatoriale devant affronter les deux géants avant de jouer sa finale face à la Sierra Leone.

grF

Si la Tunisie est l’un des habitués des phases finales de CAN (les Aigles de Carthage disputent cette année leur vingtième phase finale), elle n’en a pourtant remporté qu’une (une histoire qui vous est notamment contée dans le LO mag 16). Ne comptez cependant pas sur ce maigre bilan en termes de palmarès pour doucher les ambitions d’un pays qui n’attend que de vibrer pour ses Aigles. Car la Tunisie dispose de bien des arguments. Il y a d’abord les statistiques pures : deux quarts de finale de CAN en 2015 et 2017, une présence en Coupe du Monde en 2018, une demi-finale de CAN en 2019, deux campagnes de qualification tranquillement gérées, celle pour la CAN dominée de la tête et des épaules, celle pour la Coupe du Monde offrant un léger soupçon de doute sur le fil et enfin une Coupe Arabe très intéressante puisque générant même des frustrations au terme d’une finale perdue d’un rien. La dynamique générale est là, la progression aussi, la Tunisie peut donc se mettre au niveau de ses ambitions et aller chercher le titre. Reste qu’il y a toujours un dur retour sur terre quand on est supporter des Aigles de Carthage. On laissera de côté le débat quasi quotidien qui entoure les capacités du sélectionneur Mondher Kebaier à tirer le meilleur de cette génération (un peu à l’image des questions entourant Aliou Cissé au Sénégal), pour se focaliser sur l’improbable préparation : panne de courant annulant des entraînements, matchs amicaux annulés entraînant l’appel de sept U23 pour réaliser une opposition interne, COVID-19 (Youssef Msakni, Seifeddine Jaziri puis l’attendu Hannibal Mejbri). Rien n’a été épargné à la sélection qui n’arrive clairement pas dans les meilleures dispositions à la CAN. Reste désormais aux Talbi et Dräger, excellents durant la Coupe Arabe, au duo Laïdouni – Skhiri au milieu, à la jeunesse Rekik, Ben Slimane, Rafia et à l’immense Wahbi Khazri à la faire oublier et permettre à cette sélection solidement armée de confirmer les espoirs placés en elle.

Le principal adversaire des Aigles de Carthage devrait être le Mali. Finalistes en 1972, les Aigles maliens sont devenus des habitués de la phase finale, n’en manquant aucune depuis 2008 et décrochant même deux médailles de bronze sur cette période. Sous les ordres de Mohamed Magassouba, qui a succédé à Alain Giresse, ils ont retrouvé la phase à élimination directe en Égypte, remportant un groupe qu’ils partageaient avec Tunisie et Mauritanie qu’ils retrouvent cette année. Trois ans plus tard, les Aigles ont continué de travailler et arrivent avec une sacrée dynamique globale : les locaux ont terminé finalistes du CHAN 2020 déjà organisé au Cameroun quand les A ont totalement écrasé leur groupe d’éliminatoires pour le Qatar (seize points sur dix-huit, aucun but encaissé en six matchs !). La recette ? Une organisation tactique parfaitement équilibrée, un joli mélange de puissance collective et de vitesse mais surtout du talent à chaque ligne. Le Mali 2022 peut s’appuyer sur ses jeunes Aigles vainqueurs de la CAN U20 et quarts de finalistes mondiaux en 2019 (El Bilal Touré, Mohamed Camara), ou les anciens vainqueurs U17 (Mohamed Camara, encore, le capitaine et demi-finaliste mondial de la catégorie en 2017, Amadou Haidara, finaliste de la Coupe du Monde U17 en 2015). Complétez cette jeune génération avec la révélation attendue Ibrahima Koné et les cadres tels qu’Hamari Traoré, Yves Bissouma (de retour, réconcilié avec son sélectionneur), et vous obtenez sans doute la sélection qui pourrait bien venir bousculer l’ordre établi.

Là encore la question de la place laissée aux deux autres membres du groupe se pose. Pour sa deuxième participation, la deuxième de rang, la Mauritanie pourra sans doute se souvenir qu’elle a accroché la Tunisie en éliminatoires pour Qatar 2022 lors d’un match délocalisé en Algérie, et qu’elle en avait fait de même en phase de groupes de la CAN 2019. Mais elle sait aussi que sa principale chance de qualification repose sur l’obtention d’une place de meilleur troisième, le duel face à la Gambie s’avérant ainsi essentiel. À moins que. Car les Mourabitounes ont aussi montré qu’ils pouvaient embêter les grands, en attestent les deux nuls décrochés face au Maroc lors de la campagne de qualification pour cette CAN. Emmenés par Didier Gomes Da Rosa, dont l’expérience africaine n’est plus à faire et qui a profité de 2021 pour réaliser un magnifique parcours avec Simba, la Mauritanie peut espérer écrire encore l’histoire. Elle comptera notamment sur ses joueurs de Ligue 2 et National mais aussi sur l’ancien de Fulham, Aboubakar Kamara.

D’autant que la mission de la Gambie s’annonce des plus compliquée. Il y a encore quelques semaines, les Scorpions avaient tout de la potentielle sensation. Sous la direction du Belge Tom Saintfiet, ils ont déjà marqué le continent en se qualifiant comme vainqueur de groupe, devançant Gabon, RDC et Angola qui, deux mois auparavant les avait sortis de la course aux éliminatoires mondiaux. Mais ça, c’était avant. Car la préparation de la Gambie a été tout sauf idyllique. Seize absents sur vingt-huit, des cas de COVID-19 qui frappe la sélection à tout-va et deux matchs annulés, à l’heure d’arriver au Cameroun, les Scorpions ne savent toujours pas quelle équipe ils pourront aligner. Une situation bien triste alors que l’on attendait avec impatience de voir les coéquipiers de Modou Barrow et Bubacarr Trawally que les amateurs d’Asie sur LO connaissent bien.