Il aura fallu attendre la toute fin de rencontre pour que les Stars and Stripes de Bruce Arena parviennent à se défaire d’une solide Jamaïque. Les USA décrochent leur sixième étoile, l’heure du bilan est donc arrivée.

Aucun changement dans le XI américain, un seul dans celui des Reggae Boyz, il n’y avait aucune surprise au coup d’envoi de la grande finale, Bruce Arena et Theodore Whitmore n’ayant pas à bouleverser des systèmes qui à défaut d’être spectaculaires, donnaient des résultats. Aussi, si Team USA avait le contrôle de la possession, malgré les tentatives de percées d’Acosta, le mur jamaïcain résistait tranquillement et les vingt premières minutes passaient finalement assez lentement. La première émotion allait être lourde de conséquences pour la Jamaïque. Sur une frappe lointaine d’Altidore, Andre Blake s’envolait, Acosta avait suivi, l’attaquant américain frappait la main du portier de la sélection jamaïcaine, sans aucune contestation le meilleur de la compétition, et obligeait ce dernier à quitter les siens. Son remplaçant, Dwayne Miller n’allait pour autant pas crouler sous le travail jusqu’au missile d’Altidore de la 45e minute sur coup franc qui permettait à Team USA de virer en tête à la pause.

L’avance n’allait être que de courte durée puisque d’entrée de second acte, Jordan Morris laissait passer Watson au second poteau, les deux équipes étaient alors dos à dos. De quoi emballer la rencontre ? Pas vraiment. Le mur jaune tenait bon, Miller n’était pas véritablement menacé. Privés de ballon, les Reggae Boyz ne portaient pas non plus le plus grand des dangers sur les cages d’Howard. À l’entrée des 20 dernières minutes, Jordan Morris se créait une belle opportunité mais voyait sa frappe puissante repoussée par Miller. Dans la minute suivante, Powell décalait Fisher et manquait de conviction lorsqu’il fallait couper le centre de son coéquipier alors qu’il était seul aux six mètres. Le match s’emballait quelque peu puisque la réplique américaine était immédiate, Dempsey trouvant le poteau de Miller. On entrait alors dans le money time et Jordan Morris allait libérer tout un peuple. Sur un centre de Zardes mal renvoyé par la défense jamaïcaine, le numéro 8 américain, l’un des meilleurs durant ce tournoi, récupérait le ballon et ajustait Miller, on jouait la 88e minute, les USA allaient s’imposer. Car plus rien ne changera, incapable de produire du jeu, n’ayant jamais le ballon (73% de possession pour les Américains), les Reggae Boyz ne pouvaient rien espérer d’autre que de voir leur adversaire désespérer pour aller chercher une séance de tirs au but. Elle n’arrivera pas. Team USA est toujours invaincue sous Bruce Arena et, à défaut de bien jouer, décroche sa sixième Gold Cup.

Bilan : des espoirs et des craintes

Inutile de commenter les choix opérés par la CONCACAF à l’heure de tirer le bilan de la compétition. De Michael Bradley élu homme d’un tournoi auquel il n’a participé qu’à partir des quarts de finale au XI type rendu inutile en raison d’une compétition totalement faussée par un champion qui a changé la moitié de ses titulaires pour les trois derniers matchs. Inutile donc si ce n’est de demander à la CONCACAF de mettre fin à cette règle stupide qui ne profite qu’aux géants, les seuls capables de disposer d’un réservoir leur permettant d’aligner des équipes totalement différentes et surtout plus fraiches à l’heure d’entrer dans le sprint final. Les théoriciens du complot y verront une manière de leur permettre de résister au resserrement des niveaux.

Car finalement, s’il ne faut retenir qu’une chose de cette Gold Cup est qu’elle aura confirmé que certaines révolutions opérées par des sélections souvent considérées comme mineures commencent à porter leurs fruits. C’est le cas de Panamá dont on avait fait d’un des favoris et qui aurait pu y prétendre avec plus d’efficacité et de réussite, les deux éléments qui ont fait la différence au final. On aura également vu cette volonté de créer du jeu du côté de Nicaragua (mention spéciale à son gardien, Justo Lorente, auteur de 30 arrêts sur la compétition) et de Curaçao. Si les deux formations ont aussi montré leurs limites, elles ont aussi suscité quelques espoirs qu’il faudra entretenir dans les mois à venir en poursuivant également sur cette voie. Mais c’est aussi et surtout le cas d’équipes comme El Salvador et le Canada. La Selecta avait déjà fait belle impression lors de la Copa Centromaricana et une fois encore a convaincu et démontré qu’elle était sur la bonne voie, Eduardo Lara ayant réussi à opérer la révolution par le jeu. Même constat du côté du Canada d’Octavio Zambrano. Séduisants, offensifs, les Rouges n’ont jamais cessé de jouer, montré une belle fluidité et surtout peuvent compter sur quelques jeunes, à l’image de la pépite Alphonso Davies, co-meilleur buteur du tournoi, pour espérer des lendemains qui chantent. Une certitude, ces deux nations, exclues de l’Hexagonal final pour Russie 2018 doivent poursuivre dans cette voie, elles seront alors de beaux candidats pour le Qatar.

D’autant que du côté des grands de la zone, personne n’aura convaincu. Le Honduras n’a jamais paru décidé à créer, s’est contenté de défendre et sort d’un tournoi sans avoir marqué le moindre but autrement que sur tapis vert, profitant d’un bras de fer perdu d’avance entamé par la Guyane avec la CONCACAF, bras de fer qui a bien plombé une sélection qui aurait pu jouer un rôle plus important. Mal embarqué en qualifications, La H est plus que jamais un navire qui tangue, les dernières unes de la presse locale parlant déjà de Titanic. L’avenir de Jorge Luis Pinto est plus qu’incertain. Le Mexique a sans doute pêché par orgueil, pensant pouvoir faire comme l’Allemagne en Coupe des Confédération en faisant largement tourner, son principal souci est qu’une équipe a besoin aussi d’un vécu commun pour jouer en équipe. Osorio pourrait le payer très rapidement même s’il semble inopportun de tirer plus de conclusions sur la performance d’ensemble de cette équipe C à la Gold Cup mise à part qu’il faudra probablement penser un jour à revoir le calendrier de l’épreuve, la passer par exemple à une édition tous les quatre ans. Le Costa Rica a déçu dans le jeu, montrant surtout qu’il ne souhaitait pas en produire (du jeu), préférant se contenter d’attendre et espérer que sur un malentendu ça finisse par passer. Les USA n’ont pas non plus fait l’étalage d’une outrageante domination ni la volonté de créer davantage de jeu (même si pour ces derniers, les 5 changements dans le onze de départ à partir des quarts permis par l’appel de nouveaux joueurs, ne permet pas de dresser un véritable bilan d’ensemble). C’est finalement le point négatif de cette édition : à l’image du duo USA – Jamaïque en finale, la Gold Cup 2017 n’aura pas récompensé les équipes ambitieuses, la moyenne de 2.2 buts par match cette année, le deuxième plus faible de l’histoire de la compétition depuis son instauration en tant que Gold Cup (en 1991), confirmant que cette année, les défenses ont remporté l’épreuve.