Copa América, football féminin, Coupe d’Afrique… On en oublierait presque que la CONCACAF aussi organise son tournoi continental. Cette édition inédite - des matchs seront joués pour la première fois au Costa Rica et en Jamaïque - se jouera à 16 équipes. Revue d’effectifs.

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Cachée au beau milieu d’un agglomérat de plusieurs compétitions estivales, cette édition de la Gold Cup - ou Copa oro pour les nations hispanophones - revêt d’un intérêt particulier. Après une Coupe du Monde ratée pour la plupart, si ce n’est toutes les nations d’Amérique du Nord et Caraïbes, de nombreuses nations secondaires voire micro-états ont la possibilité de bousculer une hiérarchie bien en place. Honduras, Costa Rica, Panamá et même les USA peuvent sentir le vent souffler dans leur dos.

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Le Mexique de Martino grand favori

Par Diego-Tonatiuh Calmard

Parmi les mondialistes, seul le Mexique semble maintenir un niveau de jeu acceptable, et tout résultat autre qu’un succès final sera perçu comme un échec. Si l'effectif a été remanié depuis le Mondial, la colonne vertébrale reste la même : elle va de Guillermo Ochoa dans les buts à Raúl Jiménez en pointe, en passant par Carlos Salcedo en défense, Edson Álvarez à la récupération (s’il revient de blessure) et Andrés Guardado au milieu. Les absents se trouvent en attaque avec les forfaits de Hirving Lozano et Miguel Layún sur les ailes, et Chicharito et Carlos Vela, qui n’ont pas souhaité prendre part à la compétition. Du coup, des places se libèrent, et des joueurs comme Roberto Alvarado (Cruz Azul) et Uriel Antuna (Los Angeles Galaxy) ont une carte à jouer. L’objectif final est donc bien de remporter le trophée ; le niveau global (voir plus-bas) et la forme de l’équipe aztèque (quatre victoires et treize buts inscrits par l’équipe d’El Tata Martino depuis sa prise de fonctions au début de l’année 2019) ne vont que dans ce sens. En cas d’échec, ce ne sera pas non plus la catastrophe : le but du coach argentin est de découvrir des joueurs et d’armer une équipe compétitive en vue de la Coupe du Monde au Qatar, en 2022.

États-Unis, questions pour un champion

Aux côtés du Mexique, l’autre éternel favori reste les États-Unis. Mais à l’heure de défendre sa couronne, Team USA arrive avec bien plus de questions que de réponses. D’une part car le cataclysme que fut l’absence à la Coupe du Monde russe a causé des dégâts, d’autre part car le projet reste encore en construction. Les USA ont d’abord attendu l’arrivée de Gregg Berhalter aux commandes, perdant du temps avec Sarachan au poste d’intérimaire qui n’avait pas de réelles idées, ensuite alors qu’une dynamique semblait se mettre en place, les dernières sorties ont surtout posé le voile du doute. Les derniers résultats ne sont en effet pas des plus encourageants (défaites face à la Jamaïque (0-1) et au Venezuela (0-3)). Mais surtout Berhalter semble ne pas trop savoir où il va, ses vingt-trois offrant une grande place aux trentenaires alors que le projet initial ressemblait plutôt à une construction sur le long terme, le onze étant difficile à définir au coup d’envoi de l’épreuve. Si Steffen sera dans les cages, la défense est un chantier, aucune paire de centraux ne se dégageant, l’entrejeu devrait être occupé par un Michael Bradley que certains pensent éternel mais qui est loin de l’être, la position de la pépite Pulisic n’est pas clairement définie, le rôle de buteur étant confié à un duo Zardes et Altidore. C’est donc un champion en mode interrogation qui se présente pour sa défense de titre, il devra tout de même se méfier d’un groupe qui s’il est à sa portée étant donnée la situation de ses concurrents (voir plus bas), peut s’avérer tout aussi piégeux.

Le Costa Rica, outsider sans certitude

Par Grégory Chaboche

Fraîchement nommé sélectionneur après l’échec d’Óscar Ramírez à la Coupe du Monde, Gustavo Matosas conduit des Ticos qui vont à nouveau jouer un rôle d’outsider de la compétition. Mais le coach a beaucoup de travail : après avoir testé le 5-3-2, le coach uruguayen semble être revenu sur un 4-4-2 basique mais plutôt efficace contre la Jamaïque fin mars avec une victoire 1-0, après une défaite honteuse face au Guatemala quelques jours plus tôt (1-0). Matosas doit également faire avec un groupe qui subit quelques ondes de choc. Keylor Navas, en grand froid avec Zinédine Zidane au Real Madrid, n’a pas été sélectionné pour lui laisser le temps de s’occuper de ses problèmes de club. Autre dossier, celui de Jimmy Marín, jeune milieu très prometteur, exclu pour avoir quitté le rassemblement des Ticos sans prévenir le staff, pour faire sa visite médicale en Israël avec l’Hapoel Be'er Sheva. Surtout, le Costa Rica vit la fin de cycle de certaines légendes : après l’échec de la Coupe du Monde 2018, les héros de 2014 se dirigaient vers la retraite. Mais Matosas en a décidé autrement puisque Bryan Ruiz, Christian Bolaños font toujours partie des vingt-trois, malgré une condition physique incertaine, de même qu’Álvaro Saborío, appelé surprise de 37 ans qui avait pourtant annoncé sa retraite internationale il y a deux ans. C’est une Sele qui va donc attaquer cette Gold Cup sans la moindre certitude mais qui espère profiter du moment historique que sera le fait d’accueillir l’épreuve lors de la première journée de son groupe pour espérer non seulement convaincre mais surtout ne pas rester un simple outsider.

Nombreux prétendants

Mais derrière les trois géants, plusieurs nations peuvent espérer venir jouer les trouble-fêtes. Certains semblent cependant dans le dur, à commence par Panamá qui éprouve toutes les peines du monde à digérer son historique participation à la Coupe du Monde russe. Une digestion rendue difficile par le fait que les Canaleros semblent de nouveau partir de zéro même si quatorze présents en Russies seront du rendez-vous nord-américain. Le problème pour la sélection panaméenne est que la liste des absents compte quelques cadres comme Gabriel Gómez, Felipe Baloy, Blas Pérez, qui ont raccroché les crampons. Certes les Canaleros conservent quelques joueurs clés, de l’excellent Luis Meija dans les buts au roc Román Torres (bien que moins performant depuis plusieurs mois) en passant par des cadres tels qu’Adolfo Machado dont ce devrait être l’une des dernières compétitions majeures et des joueurs qui sont appelés à désormais prendre la sélection en main : Valentin Pimentel, Armando Cooper, Anibal Godoy, Harold Cummings pour n’en citer que quelques-uns. Si Panamá dispose de joueurs de qualité, notamment devant avec Édgar Bárcenas, Gabriel Torres (même si dans le dur à la U) et Rolando Blackburn (qui écrase tout avec The Strongest – 41 buts en 48 matchs), le principal souci de la bande à Julio César Dely Valdés est sa dynamique : cela fait plus d’un an que la sélection n’a plus gagné le moindre match, n’accrochant que deux nuls (Corée du Sud et Brésil) pour onze défaites. Et avec un groupe annoncé « de la mort » car notamment composé des États-Unis et de Trinidad y Tobago, la course à la qualification s’annonce délicate.

Alors, s’il faut chercher un autre aspirant pour bousculer le trio de géants, il faudra peut-être (sûrement) se tourner du côté de la Martinique. Les Matinino ont parfaitement géré leur campagne de CONCACAF Nations League et ont surtout accompli un vrai travail cohérent dans la composition d’un groupe. Un groupe essentiellement local et renforcé de six professionnels, Jean-Sylvain Babin (Maccabi Tel Aviv), Joris Marveaux (Gazelec), Jordy Delem (Seattle Sounders), Kévin Fortuné (Troyes), Wesley Jobelo (Gazelec) et Samuel Camille (Tenerife). Un groupe emmené par le capitaine Sébastien Crétinoir qui dispose clairement des armes pour venir se mêler à la lutte. La Martinique aura la chance d’ouvrir la compétition face à son rival numéro 1 dans le groupe, le Canada et peut arriver au match au sommet face au Mexique en position de qualifiée en cas de résultat positif obtenu face aux Canadiens et à Cuba. Attention tout de même car les Rouges canadiens ont tout pour également endosser ce rôle. Contraints de passer par les qualifications, les hommes de John Herdman peuvent s’appuyer sur quelques valeur sûres, Milan Borjan portier de l’Étoile Rouge, le duo Piette-Arfield au milieu et une armada offensive plutôt intéressante avec des Alphonso Davies, Junior Hoilett, Jonathan David, Lucas Cavallini ou encore Cyle Larin. De quoi menacer bien des défenses et véritablement lancer le projet 2026, nombre de joueurs composant les vingt-trois étant amenés à arriver à maturité à cette période.

Deux autres sélections peuvent prétendre au statut d’outsider : Haïti et la Jamaïque. Les Grenadiers sortent d’une campagne de Nations League parfaitement gérée et s’appuient surtout sur un système rodé, une 4-2-3-1 qui mise sur des transitions rapides, qui a posé bien des soucis au champion du Sud, le Chili, lors de l’avant-dernier amical de la sélection. Les hommes de Marc Collat ont aussi la chance de pouvoir entrer crescendo dans la compétition avec un match d’ouverture face aux Bermudes qui peut être dangereux tant l’adversaire n’est plus à une surprise près mais reste tout de même à portée, et une deuxième journée face au Nicaragua. Deux matchs qui peuvent permettre de virer à six points et donc être qualifié avant d’affronter l’autre prétendant, la Jamaïque. Les Reggae Boyz disposent de deux énormes chances : celle de disputer un match de Gold Cup à la maison (le match d’ouverture face au Honduras), et celle de disposer de talents à chaque ligne, André Blake dans les buts, Kemar Lawrence derrière, Darren Mattocks devant et surtout la pépite qui évolue déjà en Europe, Leon Bailey. Jamais véritablement citée à l’heure de penser en termes de favoris d’une Gold Cup, la Jamaïque est pourtant double finaliste sortant et devra être prise très au sérieux.

Derrière, d’autres nations peuvent prétendre au statut d’empêcheur de tourner en rond. Trinidad y Tobago qui arrive avec l’esprit revanchard, toujours sous la houlette de Dennis Lawrence. Le Honduras de Fabián Coito, ancien sélectionneur des U20 uruguayens, que l’on imaginait à terme succéder au Maestro, et qui a surpris son monde en s’engageant à la tête des Catrachos au lendemain du Sudamericano et est venu pour reconstruire. Il arrive certes avec des résultats catastrophiques (conclus sur un 0-7 face au Brésil) mais avec une nouvelle génération qui semble avoir désormais sa chance (il n’y a que trois trentenaires dans les vingt-trois sélectionnés). Reste enfin le cas de Curação qui continue de monter en régime dans la zone et pourrait bien venir le confirmer.