En 1975, Pelé sort de sa retraite et s'engage au Cosmos de New York avec un projet aussi simple que compliqué : développer le football aux États-Unis.

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La NASL, une ligue semi-professionnelle

En 1968, porté par le succès des audiences de la Coupe du monde 1966, la NASL (North American Soccer League) est créée, fusion de deux championnats existant depuis peu. Les débuts sont difficiles malgré la présence de Vavá, 34 ans, et buteur lors des finales de Coupe du monde 1958 et 1962. La ligue est semi-professionnelle, le niveau est faible et les affluences au stade ou à la télévision sont décevantes. Les nombreux joueurs étrangers sont très bien payés, ce qui met la ligue en difficulté financière, les dépenses étant largement supérieures aux recettes. Fin 1970, un nouveau club est créé à New York, le Cosmos. Le club est géré par la toute puissante Warner Communications et engage l'ancien journaliste anglais Clive Toye comme General Manager. Rapidement, Clive Toye se met en tête de recruter Pelé pour disputer le championnat de la NASL 1971. Pelé, en fin de carrière, refuse la proposition. Bien qu'admiratif des États-Unis qu'il visite lors de tournées avec Santos, comme en 1968 où il croise son futur entraîneur Gordon Bradley, ou en 1970 où le Peixe bat les All Stars de la NASL 4-3, Pelé n'est pas intéressé par un nouveau défi. « Après quinze ans de football professionnel, j'étais fatigué psychologiquement, surtout à cause de tous ces déplacements » déclare le Roi dans son autobiographie « Ma vie de footballeur ». Pelé voyage une dernière fois à travers le monde avec Santos et dispute son dernier match en carrière le 2 octobre 1974 lors d'un Santos – Ponte Preta. Malgré les nombreuses insistances de Clive Toye – le Cosmos adopte même le vert et jaune comme couleurs en hommage au Brésil – Pelé ne revient pas sur sa décision. Rideau.

Pelé une nouvelle fois ruiné

Pelé profite de sa retraite pour obtenir une licence d'éducation physique. Il investit également dans quelques sociétés, dont la Fiolax, une entreprise qui fabrique des pièces détachées. Bientôt, la Fiolax se retrouve endettée, et Pelé avec. Une nouvelle fois, Pelé est ruiné et commence à écouter les propositions de Clive Toye avec plus d'attention. Pelé apprécie en effet les États-Unis pour diverses raisons. « J'adore ce pays pour ce qu'il est. J'aime la liberté qu'il permet : celle d'élever sa famille en paix, de faire des affaires et de gagner de l'argent, de pouvoir se promener sans craindre pour sa sécurité. C'est un endroit où l'on peut poursuivre ses rêves sans que personne – ni le gouvernement, ni l'élite des affaires – ne vous barre la route. » Curieusement, il apprécie le calme de New York, dans un pays où le football ne prend pas et où il peut marcher dans la rue sans être assailli par des fans. New York représente une nouvelle expérience et une opportunité pour ses enfants d'apprendre l'anglais. O Rei en parle à sa femme Rosemeri, qui est séduite à l'idée de rejoindre les États-Unis. Pelé a déjà travaillé aux États-Unis dans le cadre de son contrat avec Pepsi, signé en 1973, où il participe au International Youth Footyball Programme afin de développer le football dans le monde entier, une expérience qu'il trouve très enrichissante. Il tourne notamment un film didacticiel sur la bonne façon de jouer au football. Pour payer ses dettes, Pelé n'a d'autre choix que de reprendre le football et Clive Toye saute sur l'occasion pour le rapatrier au Cosmos, malgré l'intérêt d'autres clubs. « Si vous jouez pour le Real Madrid, vous pourrez peut-être conquérir un titre en championnat. Mais si vous jouez pour New York, vous pourrez conquérir un pays tout entier » annonce Toye au Roi Pelé. Le défi est à la hauteur du personnage et Pelé réfléchit sérieusement à s'engager avec le Cosmos. Il doit cependant faire face à l'opposition d'un adversaire inattendu : le général Ernesto Geisel, président du Brésil de 1974 à 1979. Le chef de la dictature militaire n'a pas oublié le refus de Pelé de participer à la Coupe du monde 1974 et ne souhaite pas voir la légende du football quitter le pays. L'intervention d'Henry Kissinger est nécessaire pour régler le conflit. Le secrétaire d’État américain d'origine allemande est un fan de football et avait invité Pelé à la Maison-Blanche en 1973. Kissinger envoie une lettre à Geisel et Pelé signe finalement son contrat avec le Cosmos, ou plutôt avec LA Warner. Son contrat implique en effet de nombreuses représentations, des séances photos ou des interviews, Pelé assiste même à des matchs de football américain ou de base-ball. En échange, Pelé obtient le poste d'entraîneur-adjoint et de conseiller sportif pour son ami, le Pr Júlio Mazzei, qui avait été limogé par Santos. Pelé touche plus d'un million de dollars par an, ce qui fait de lui l'athlète le mieux payé de l'histoire.

Des débuts difficiles

La présentation de Pelé au 21 Club, une boîte très chic de Manhattan, est un événement. « Près de trois cents journalistes étaient présents, ainsi qu'un bon nombre de curieux. Il y avait deux fois plus de monde que le club ne pouvait en accueillir, et presque autant que de spectateurs lors d'un match du Cosmos. Malheureusement, je suis arrivé un peu en retard, si bien que la foule s'est impatientée et qu'une bagarre a éclaté entre journalistes. » Les États-Unis ne le savent pas encore, mais le « soccer » vient de passer dans une autre dimension. Les débuts sont pourtant compliqués. L'année précédente, le Cosmos termine à la dernière position de sa conférence avec quatre victoires, deux matchs nuls et quatorze défaites. Pelé rejoint le club en milieu de saison alors que le Cosmos est à trois victoires pour six défaites. Pour son premier match, contre le Tornado de Dallas, la rencontre est diffusée à la télévision nationale, une première pour le Cosmos. La pelouse du Downing Stadium, en mauvais état, est soignée à la peinture verte et 21 000 spectateurs assistent à la rencontre, plus du double de la moyenne d'affluence. Rapidement, Dallas mène 2-0 mais le Cosmos revient dans la partie. Pelé effectue une passe décisive pour Mordechai Spiegler et neuf minutes plus tard, ce dernier lui rend la pareille. De la tête, Pelé marque son premier but sous le maillot du Cosmos. Pourtant, les dix millions de téléspectateurs, un record pour un match aux États-Unis, ne voient pas les buts du Cosmos en direct. Le premier est raté à cause d'une pause publicitaire et le second à cause d'un ralenti montré au même moment. La télévision américaine a encore des progrès à faire, mais ce premier match est un succès, malgré le match nul final, résultat peu apprécié par les Américains.

Le Cosmos attire spectateurs et journalistes et Pelé adore ce nouveau défi. « Cette période de ma vie professionnelle reste l'une de mes préférées. Étais-je aussi rapide et fort que dix ans plus tôt ? Certainement pas. Remportions-nous tous nos matchs ? Loin de là. Cependant, tout était nouveau et j'étais tout excité par tant de découvertes, une sensation que je n'avais plus vraiment connue depuis ma première Coupe du monde en Suède, en 1958. Chaque fois que nous arrivions dans une nouvelle ville et que les gens venaient nous accueillir, j'avais l'impression de planter un drapeau, le drapeau du football, sur le sol d'un territoire que nous ne devions jamais plus abandonner. » Le Cosmos vit pourtant une saison difficile et comme le dira un journaliste américain, « le Cosmos se comportait comme une équipe de base-ball amateur qui se retrouve soudain en train de joueur aux côtés de Babe Ruth. » Les joueurs ne sont en effet pas au niveau, comme le confirme Pelé dans son autobiographie « Ma vie ». « Les joueurs n'avaient pas la constance requise pour assurer une bonne qualité de jeu permanente. En outre, ils jouaient par intermittence en fonction d'un calendrier qui comportait de longues places d'inactivité : leur niveau de forme général était à des lieues de ce à quoi Santos m'avait habitué. Ce n'était pas un trait général de la NASL mais une caractéristique peu glorieuse de notre club. » Les adversaires du Cosmos s'adaptent et marquent Pelé avec deux ou trois joueurs. Le Roi se retrouve isolé et ne peut compter sur ses partenaires. Pelé marque 5 buts en 9 matchs mais le Cosmos rate les play-offs. Pelé est cependant élu dans l'équipe-type de la NASL en compagnie de António Simões, l'ancien ailier du Benfica que Pelé croise lors de la finale de la Coupe intercontinentale 1962.

« Je prenais goût à New York, et New York prenait goût à moi. »

American Dream

Si les résultats sur le terrain sont décevants, Pelé devient une star aux États-Unis. Grâce aux soirées de la Warner, notamment au Studio 54, il rencontre de nombreuses célébrités comme Franck Sinatra, Björn Borg, Mick Jagger, Rod Stewart ou encore Woody Allen. Il fête les 18 ans de Michael Jackson et rencontre Steven Spielberg qui souhaite tourner un film où Pelé jouerait sur la lune. Pelé a de nombreux fans et déclenche la folie partout où il passe, ce qui impressionne certains Américains peu convaincus par le football comme le commentateur Dick Young, ou encore Robert Redford complètement éclipsé par la présence de Pelé lors d'un événement de la Warner. Pelé vit une « success story » à l'américaine et conquit l'Amérique, une influence qui sert évidemment le football. « Mes relations avec des stars et des célébrités étaient très plaisantes et je m'amusais comme un fou. Pourtant, aujourd'hui, je sais que ce style de vie avait aussi un rôle constructif : il permettait de rendre le football plus prestigieux. Donner à ce sport un peu de faste, de « bling-bling », a permis de convaincre de nombreux Américains qu'il méritait d'être regardé. Des célébrités ont commencé à investir de l'argent (…) Des footballeurs renommés du monde entier ont enfin voulu venir jouer en Amérique. Finalement, j'avais vu juste : le football était bel et bien arrivé aux États-Unis. » Autrefois vu comme un pays où le football ne pouvait pas exister, les États-Unis deviennent la destination à la mode. Des personnalités comme Mick Jagger ou Elton John investissent dans des équipes de la NASL. Pelé demande à Steve Ross, le PDG de la Warner, des renforts au sein du Cosmos. Il obtient le recrutement de deux de ses anciens coéquipiers du Santos : Nelsi Morais et le Péruvien Ramón Mifflin.

La réussite de Pelé motive de grands joueurs à faire le saut vers l'Amérique. Giorgio Chinaglia, 29 ans et star de la Lazio Rome, s'engage pour le Cosmos. Les autres clubs parviennent également à attirer des stars : Bobby Moore au San Antonio Thunder, Tommy Smith aux Tampa Bay Rowdies, Eusébio au Toronto Metros-Croatia, George Best aux Los Angeles Aztecs et Geoffrey Hurst aux Seattle Sounders. La NASL s'est considérablement renforcée, le Cosmos également, qui déménage au Yankee Stadium, motivé par les bonnes affluences de la fin de saison précédente. Pour le premier match de Giorgio Chinaglia, le Cosmos bat Los Angeles 6-0 avec des doublés de Eddy, Pelé et Chinaglia. La saison n'est pas parfaite, le nouvel entraîneur Ken Furphy, jugé trop défensif par Pelé, est renvoyé et Gordon Bradley fait son retour au club. Lors de la dernière journée, le Cosmos s'impose 8-2 avec un quintuplé de Chinaglia et un doublé de Pelé. New York termine deuxième de la saison régulière derrière le tenant du titre, les Tampa Bay Rowdies. Au premier tour des play-offs, Pelé marque un but dans la victoire 2-0 du Cosmos, qui se déplace ensuite en Floride pour affronter les Rowdies, toujours invaincus à domicile. En saison régulière, l'équipe de Tampa, championne en titre, a écrasé le Cosmos 5-1 devant 42 611 spectateurs. New York prend sa revanche lors du match retour avec une victoire 5-4 (doublé de Pelé) mais n'est pas favori pour ce match à élimination directe. Les bookmakers ont vu juste, le Cosmos s'incline 3-1 malgré un but de Pelé et quitte la compétition, finalement remportée par le Toronto d'Eusébio, auteur d'un but lors du « Soccer Bowl '76 ». Malgré l'élimination, cette saison est une réussite, Chinaglia marque 19 buts en autant de matchs, Pelé ajoute 15 pions et termine MVP de la saison. Pour Sports Illustrated, « la greffe du football semble prendre dans le pays. » Le Cosmos part ensuite en tournée et affronte notamment le Paris SG au Parc des Princes. Comme avec Santos, Pelé voyage à travers le monde et le Cosmos devient une véritable marque internationale. D'autant plus que l'équipe se renforce à nouveau en 1977.

Sur le toit de l'Amérique

Le Cosmos continue de grandir avec le recrutement de joueurs d'exception. Franz Beckenbaueur, 31 ans, vainqueur de la Coupe du monde 1974, rejoint le club, tout comme Vitomir Dimitrijević, l'espoir anglais Stephen Hunt et les anciens partenaires de Pelé à Santos, Rildo et Carlos Alberto, capitaine de la grande Seleção de 1970. Une équipe incroyable et une époque bénie pour Pelé. « J'étais entouré d'amis et de grands joueurs, nous pratiquions un football d'excellent niveau et je vivais dans l'une des plus belles villes du monde. J'avais l'impression d'être au paradis. » Le Cosmos déménage au Giants Stadium, dans le New Jersey, où l'affluence moyenne est de 34 000 spectateurs. En saison régulière, Pelé prend sa revanche contre l'équipe qui l'a éliminé l'année précédente, les Rowdies de Tampa Bay. Devant 62 394 personnes, le Cosmos s'impose 3-1, le même score qu'en 1976, et Pelé marque les trois buts de son équipe. Une semaine plus tard, Pelé s'offre son troisième triplé de la saison régulière, face aux Aztecs de Los Angeles, emmenés par George Best et battus 5-2. Le Cosmos termine la saison avec le troisième meilleur bilan et retrouve en play-offs Tampa Bay pour la véritable revanche de l'année précédente. Cette fois, le Cosmos semble inarrêtable, Carlos Alberto et Franz Beckenbauer se sont parfaitement intégrés, Pelé et Chinaglia sont toujours aussi redoutables et l'équipe est entraînée depuis peu par l'Italien Eddie Firmani, champion de la NASL en 1975, justement avec les Rowdies. Pour ce premier match de play-offs, le Cosmos s'impose 3-0 avec un doublé de Pelé et un but de Chinaglia. Au tour suivant, devant 77 691 fans, record absolu pour la NASL, le Cosmos écrase Fort Lauderdale Strikers 8-3, dont les buts sont pourtant gardés par Gordon Banks. En finale de conférence, les Rochester Lancers s'incline 2-1 au match aller, Pelé réalise des passes décisives pour Chinaglia et Hunt. Au retour, le Giants Stadium est une nouvelle fois plein, et le Cosmos s'impose 4-1. Chinaglia marque rapidement un doublé, Pelé offre un but à Dimitrijević avant d’inscrire lui-même son nom à la liste des buteurs. Le Cosmos atteint le Super Bowl pour la première fois depuis l'arrivée de Pelé au club. À Portland, la finale oppose New York aux Sounders de Seattle. Pelé est présenté à la foule en compagnie de Whitney Houston dans un véritable show à l'américaine. Hunt ouvre le score mais Ord égalise rapidement. À un quart d'heure de la fin, Chinaglia, déjà buteur lors des cinq premiers matchs de ces play-offs, marque le but de la victoire, le but du titre.

Pelé a réussi son pari, il remporte son premier titre de champion aux États-Unis et pour la troisième année consécutive, il est nommé dans l'équipe-type de l'année. Surtout, il a développé le football, avec de grands joueurs sur le terrain et de nombreux spectateurs dans les tribunes. Pelé peut désormais tirer sa révérence, comme il l'explique dans son autobiographie « Ma vie ». « Pourquoi ai-je pris ma retraite définitive ce jour-là ? Même si j'avais 37 ans, Júlio Mazzei estimait que, physiquement, j'avais l'énergie pour continuer. J'ai arrêté pour rester cohérent avec moi-même. Ma vie tout entière me dictait cette décision. Que ce soit à Santos, dans l'armée ou avec la Seleção, j'étais parti après avoir accompagné mes camarades au sommet. À présent que le Cosmos avait remporté le championnat, le moment était venu pour moi de tirer ma révérence. De plus le niveau était monté d'un cran. C'était désormais une ligue très sérieuse. Nos adversaires avaient fait venir des renforts considérables d'Europe. Il faut savoir se montrer humble, se retirer avant le combat de trop. J'estimais avoir joué mon rôle jusqu'au bout. Le football avait indéniablement fait son trou aux États-Unis. » Pelé peut désormais organiser son jubilé et faire ses adieux au football.

Après une tournée où le Cosmos passe par le Japon, la Chine, Trinité-et-Tobago, le Venezuela ou encore l'Inde, Pelé fête son jubilé. Le 1er octobre 1977, 75 646 personnes sont au Giants Stadium pour assister au dernier match en carrière du roi Pelé. De nombreuses personnalités sont présentes, comme les capitaines vainqueurs de toutes les Coupes du monde depuis 1958 : Bellini, Mauro, Bobby Moore, Carlos Alberto, Franz Beckenbauer, ils sont tous là. Dondinho, le père de Pelé, et Waldemar de Brito, celui qui a découvert le futur « plus grand joueur de tous les temps » à Bauru, sont présents également. La légende de la boxe Mohamed Ali est de la partie. Deux jours plus tôt, « The Greatest » a conservé au Madison Square Garden à New York, son titre de champion du monde. Ali rend hommage à Pelé à sa façon : « je ne sais pas si c'est un bon footballeur mais une chose est sûre : je suis plus beau que lui » avant de lui dire plus sérieusement : « maintenant, nous sommes deux à être rois. » Pour le jubilé de Pelé, ses deux anciens clubs s'affrontent : le Cosmos (65 buts en 111 matchs pour Pelé) et Santos (1091 buts en 1116 matchs). Le Roi dispute la première mi-temps avec le Cosmos et marque sur coup-franc dans un vacarme assourdissant. Il dispute la deuxième période avec le maillot de Santos, sans pouvoir marquer, et c'est finalement le Cosmos qui remporte le match 2-1. Pelé s'offre un tour d'honneur avec les drapeaux américain et brésilien avant d'effectuer un discours qu'il conclut par « Love ! Love ! Love ! » thème repris dans une chanson de Caetano Veloso. Pelé a réussi sa mission. Parti de rien, le football peut désormais se développer aux États-Unis. Pelé a été une légende parmi les légendes et le président des États-Unis, Jimmy Carter, rend hommage à l'influence de Pelé sur le développement du soccer. « Pelé a élevé l'art du football à des hauteurs jamais atteintes auparavant en Amérique. Seul Pelé, avec son prestige, son talent incomparable et son admirable générosité, pouvait accomplir cette mission. »

L'après-Pelé

Même sans Pelé, la NASL continue de se développer. En 1978, le championnat passe de 18 à 24 clubs et l'Amérique continue d'attirer de grands joueurs. Johan Cruyff, Johan Neeskens, Gerd Müller, Teófilo Cubillas en 1979, Oscar et Ruud Krol en 1980, Elías Figueroa en 1981. Le Cosmos garde ses joueurs majeurs, attire au Giants Stadium plus de 40 000 spectateurs par match entre 1978 et 1980 et remporte le titre de la NASL en 1978, 1980 et 1982. Giorgio Chinaglia termine cinq fois meilleur buteur du championnat et met un terme à sa carrière en 1983. Il est alors le meilleur buteur de l'histoire du club (242 buts en 254 matchs) et de la NASL (193 buts). Pourtant, la NASL va finir par plonger, pour les mêmes raisons qui avaient fait sa popularité : sa flamboyance. La politique de recrutement de grands joueurs européens coûte cher aux clubs. Certains joueurs viennent aux États-Unis pour une pré-retraite dorée et le niveau tend à baisser. De nombreux clubs – y compris le Cosmos – sont en déficit. De plus, la NASL n'investit pas suffisamment dans la formation. Les États-Unis ne trouvent pas leur star locale, la NASL devient un « cimetière des éléphants » et les supporters désertent les stades. En difficulté financière, la NASL met finalement fin à ses activités en 1985, même si le Cosmos de New York reste encore aujourd'hui un club légendaire, symbole de glamour et de puissance. 

Pelé reste lui à New York, où il côtoie régulièrement George Best, qui le chambre sur son mode de vie. « Quelle sorte de Roi es-tu ? Tu ne bois pas, tu ne fumes pas ! » Pelé signe un nouveau contrat de dix ans avec la Warner et participe à de nombreux événements promotionnels. Après Santos et le Cosmos, Pelé voyage toujours autant. En 1978, il est en Argentine pour la Coupe du monde et rate la naissance de sa fille Jennifer. C'en est trop pour Rosemeri qui demande le divorce. Pelé fréquente ensuite Xuxa, une présentatrice brésilienne de télévision et tourne en 1981 dans le film « À nous la victoire » avec Sylvester Stallone et Michael Caine. Pelé joue le rôle d'un prisonnier d'un camp allemand pendant la Seconde Guerre mondiale et avec Bobby Moore, Osvaldo Ardiles et Paul Van Himst, les prisonniers défient les soldats allemands lors d'un match de football. En 1988, Pelé soutient la candidature des États-Unis à l'organisation de la Coupe du monde 1994. Le Roi avait déjà défendu le projet américain pour la Coupe du monde 1986, finalement attribuée au Mexique. Problèmes, les États-Unis ne disposent plus d'un championnat national, n'ont pas participé à la Coupe du monde depuis 1950 et surtout les deux autres finalistes pour l'organisation de la Coupe du monde sont le Maroc et… le Brésil. Au pays du football, Pelé passe pour un traître à la nation, même si pour lui le Brésil ne peut organiser l'événement à cause de l'hyperinflation qui ronge l'économie du pays. « Un pays dans lequel des millions de gens meurent de faim et qui possède la dette extérieure la plus élevée du tiers-monde ne peut financer une Coupe du monde avec l'argent de l'État. » Le 4 juillet 1988, jour de la fête nationale aux États-Unis, le pays à la bannière étoilée se voit attribuer l'organisation de la Coupe du monde. Six ans plus tard, les États-Unis se sont dotés d'un nouveau championnat, la Major League Soccer (MLS), qui reprendra la formule du succès de la NASL tout en évitant de répéter les mêmes erreurs, et accueillent le prestigieux événement dans neuf stades gigantesques. En moyenne, les matchs attirent 68 991 spectateurs, un record pour une Coupe du monde jamais égalé. Six ans jour pour jour après l'attribution de la Coupe du monde, le 4 juillet 1994, les États-Unis affrontent le Brésil en huitième de finale. Dilemme pour Pelé qui espère une victoire brésilienne et une bonne performance des États-Unis. Son vœu est exaucé, le Brésil s'impose 1-0 avec un but de Bebeto en fin de match. En finale, le Brésil retrouve l'Italie, 24 ans après la finale de 1970 où Pelé avait ouvert le score avant de distribuer une passe lumineuse pour Carlos Alberto et le but du 4-1. Devant 94 194 spectateurs au Rose Bowl de Pasedena, le Brésil remporte sa quatrième Coupe du monde, aux tirs au but, au bout de l'ennui. Pelé, cravate aux couleurs du drapeau américain autour du cou, peut célébrer. Le football vit toujours aux États-Unis.