Après sa carrière de footballeur, Pelé travaille comme ambassadeur pour divers groupes comme la Warner ou Pepsi, il collabore avec l'ONU et la FIFA, est responsable des relations internationales à Santos et s'essaye même au cinéma, notamment dans le film À nous la victoire, avec Sylvester Stallone. En plus de ces diverses occupations, Pelé sera également nommé Ministre des Sports, en 1995, où il met en place une loi concernant les contrats des joueurs de football.

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Pelé entre dans le monde de la politique en 1995 en acceptant la proposition du Président de la République, Fernando Henrique Cardoso, qui souhaite faire de Pelé son ministre des Sports. Pelé devient le premier noir du Brésil à être nommé ministre. Sans étiquette politique, Pelé a refusé plusieurs fois des propositions des Présidents de la République, comme Tancredo Neves, José Sarney ou Fernando Collor avant de devenir le premier ministre des Sports, le sport étant auparavant rattaché au ministère de l’Éducation. L'annonce de cette nomination est bien accueillie par le monde politique et les dirigeants sportifs, mais rapidement Pelé s'attaque au projet de reformer le football brésilien, s'attirant de nombreuses critiques.

Une réforme difficile

Dans son autobiographie « Ma vie », publiée en 2006, Pelé revient sur ses objectifs : « je souhaitais mener à bien une refonte structurelle du football brésilien, en réalisant deux objectifs. D'abord, je voulais que les clubs se constituent en sociétés, gérées avec transparence et dans le respect de l'éthique. Ensuite, je voulais rendre les joueurs brésiliens maîtres de leurs carrières, de manière, par exemple, à ce qu'en fin de contrat leur club ne puisse conserver aucun droit sur eux. » Pour le premier volet de sa réforme, Pelé s'appuie sur la loi Zico de 1993 mais fait face au rejet des dirigeants de football et des parlementaires. « À peine évoquai-je la nécessité pour les clubs de publier des bilans annuels audités que tous les présidents se liguèrent tous contre moi. 

Le manque de transparence leur était bien utile pour faire disparaître dans des comptes bancaires offshoreles millions de dollars tirés de la vente des joueurs. Le lobby du football devint mon principal antagoniste. Les gros dirigeants avaient beaucoup d'argent et beaucoup d'influence dans le monde politique. » Pelé se heurte à un mur appelé Ricardo Teixeira quand il souhaite faire du championnat brésilien une ligue indépendante, basée sur le modèle anglais. Ricardo Teixeira, président de la CBF, et soutenu par son beau-père João Havelange, président de la FIFA, est en conflit avec Pelé depuis 1994, quand ce dernier a dénoncé la corruption au sein de la CBF. Si depuis les deux hommes se sont réconciliés, Pelé reconnaissant les accusations de corruption comme étant « sans fondement » (sic), le contenu de la loi est largement rogné, laissant même envisager Pelé de retirer son nom de la loi. « Le processus parlementaire avait vidé mon texte de quasiment toutes les dispositions qui me tenaient à cœur. Les clubs ne sont toujours pas obligés de se constituer en sociétés. Corruption et opacité continuent de pourrir le football. » À défaut de plus de transparence au sein des clubs, Pelé parvient à mettre fin au passe, le système des contrats au Brésil.

Le pouvoir des agents est renforcé

Le passe, selon la loi de 1976 qui le met en place, est « l'importance pour un employeur envers un autre de respecter les normes sportives pertinentes lors de la cession d'un athlète pendant ou à la fin de son contrat. » Autrement dit, afin de récompenser la formation, les clubs restent maîtres du destin de leurs joueurs, en pouvant empêcher un transfert, même lorsque le joueur est en fin de contrat. Pelé s'inspire de l'arrêt Bosman pour élaborer sa loi et a « le sentiment d'avoir remporté [son] combat contre l'exploitation des joueurs. » Pourtant, la loi Pelé, promulguée en 2001, s'attire de nombreuses critiques et est vue comme une « modernisation conservatrice du football brésilien », le professeur universitaire Nilson Ouriques parlant même du « but contre son camp de Pelé ». Les clubs perdent en effet l'influence qu'ils pouvaient avoir sur leurs joueurs et le risque de voir des joueurs formés au club partir gratuitement est de plus en plus important. De nombreux clubs délaissent ainsi la formation, jugée peu rentable. Pourtant, la loi ne permet pas aux joueurs de retrouver leur liberté, les droits économiques étant transférés des clubs vers les agents. En effet, afin de payer les salaires des joueurs, les clubs brésiliens, en difficulté financière chronique, cèdent une partie des droits du contrat d'un joueur (notamment les droits à l'image) à des agents ou à des groupes d'investisseurs, qui espèrent faire une plus-value lors d'un futur transfert. Un cercle vicieux se met alors en place puisque la recette des clubs sur les transferts diminue. Par exemple, le transfert de Neymar a coûté environ 100 millions d'euros au FC Barcelone. Sur les 57 millions d'euros annoncés au transfert, 40 millions sont allés à Neymar et à son père, via sa société, grâce à une renégociation de contrat lorsque Neymar a prolongé à Santos, dès 2011, lui permettant de préparer son transfert au Barça. Il restait alors 17 millions d'euros pour Santos, qui devait reverser de ce montant environ 7 millions au fond d'investissement DIS, qui détenait 40 % du contrat de Neymar. Une vente qui profite bien plus aux investisseurs qu'à Santos, le club formateur. 

Le Peixe a d'autres promesses au sein de son effectif comme Lucas Lima et Gabriel Barbosa, parti depuis à l'Inter Milan. Les deux joueurs partagent le même agent, Wagner Ribeiro, qui est également le représentant de Neymar et Lucas Moura. Santos détient 10 % du contrat de Lucas Lima, contre 80 % pour le fonds d'investissement Doyen Sports, et le club pourrait laisser partir Lucas Lima en fin de contrat, un transfert étant peu intéressant financièrement. Pour Gabigol, le contrat stipulait que le club était obligé d'accepter une offre supérieure à 18 millions d'euros et la différence entre l'offre du club acheteur et les 18 millions d'euros reviendra au joueur et à ses représentants. Avec l'offre de l'Inter Milan, Gabriel Barbosa s'est ainsi offert 9 millions d'euros alors que Santos doit partager les 18 millions d'euros avec Doyen Sports, qui détient 20% des droits économiques du joueur. Mais Doyen Sports et Santos sont en conflit et les négociations sont compliquées. Santos est également en conflit avec le FC Barcelone depuis le transfert de Neymar et le club catalan a menacé de porter plainte contre Santos pour ne pas les avoir prévenu à temps des négociations pour Gabigol, comme le prévoyait une clause dans le contrat de Neymar... Dernier épisode en date, la décision de justice de São Paulo qui ordonne à Santos de déposer 10% du montant du transfert – que Santos n'a toujours pas reçu de la part de l'Inter – sur un compte de la justice, argent qui pourra être reversé à l'agent Candido Padin Neto, qui affirme avoir découvert Gabigol en 2004 avant de l'emmener à Santos. Bien entourés par des agents rodés à ces négociations, les joueurs peuvent largement profiter financièrement de ces transferts, au contraire des clubs, qui doivent faire appel à des investisseurs pour prendre en charge une partie du salaire lors d'une prolongation de contrat, réduisant les bénéfices d'un futur transfert.

Le Brésil, roi de l'exportation

Derrière ces grands noms, se cachent aussi des joueurs plus modestes, coincés entre les clubs qui ont basé leur modèle économique sur la vente de joueurs et entre des agents peu scrupuleux. Selon un rapport de Euromericas Sport Marketing, qui s'appuie sur des données de la FIFA et enregistre les joueurs provenant des clubs ou d'académies, le nombre de joueurs de football ayant quitté le Brésil en 2015 s'élève à 4 456… Des joueurs poussés par la promesse d'un meilleur salaire et d'une vie plus confortable. Une étude de Epoca en 2016 montrait que 82,4 % des footballeurs professionnels jouant au Brésil gagnaient moins de 225€ par mois. Les joueurs partent au Portugal, en Italie, au Japon ou en Chine mais aussi au Tadjikistan, en Éthiopie, en Estonie ou au Soudan, étant parfois complètement abandonnés à eux-mêmes. Certes, la loi Pelé n'est pas à l'origine de ces incessants transferts qui appauvrissent le football brésilien. L'arrêt Bosman et l'opacité des clubs expliquent ces mouvements, le footballeur brésilien gardant une côte intéressante pour n'importe quel club du monde. D'autant plus que Pelé a tenté de lutter contre le manque de transparence des clubs et critiquait même sa propre loi, en 2014. « La situation de certains joueurs n'est pas bonne. Avant, un joueur restait cinq, dix ans dans le même club. Aujourd'hui ce n'est plus le cas. Beaucoup d'agents envoient leurs joueurs en Asie, en Russie et le laissent là, sans s'en occuper. C'est une mauvaise chose, le club n'est plus maître du joueur, désormais c'est l'agent qui contrôle tout. » Wagner Ribeiro a de beaux jours devant lui.