
On poursuit notre tour du monde des qualifies pour nous arrêter sur l’une des équipes dont vous pouvez suivre régulièrement son championnat : le Chili.
Après le Mexique et l’Uruguay, nous restons en Amérique Latine pour faire une halte au Chili. Si vous pouvez régulièrement suivre les exploits de la ‘U’ en Copa Libertadores, la sélection nationale chilienne tente de retrouver un lustre perdu en même temps que ses stars internationales de la fin des années 90.
Avant propos.
Qui peut avoir oublié la sélection chilienne de la fin des années 90 ? Emmenée par ses deux stars internationales, l’intenable duo Za-Sa, Ivan Zamorano – Marcelo Salas, le Chili disputait la Coupe du Monde française (on se souvient notamment du penalty litigieux qui sauva l’Italie de Roberto Baggio en ouverture de la compétition). Depuis, La Roja n’est plus apparue au plus haut niveau international bien que restant l’une des grandes nations sud-américaine. Troisième de la coupe du Monde 1962 qu’il organisa, c’est un Chili porteur d’un nouvel espoir que je vous invite à découvrir aujourd’hui.
L’entretien.
Comme vous en avez désormais l’habitude, je suis allé à la rencontre des supporters chiliens du forum bigsoccer.com. Merci à eux pour leur accueil.
- Après 12 ans d’absence, le Chili est enfin de retour en Coupe du Monde. Comment expliquez-vous cela ?
dxclaudio : Oui, ca fait un bail. Je dirais que c’est tout de même surprenant puisqu’en 2002 par exemple, nous étions plutôt bons mais avons terminé à la dernière place. Durant cette campagne on avait même battu le Brésil 3-0 mais c’est à partir de ce match que tout s’est écroulé. Je pense que la grande part de responsabilité incombe à Nelson Acosta (NDLR : le sélectionneur d’alors) et sa mentalité typique des petits pays sud-américains : « on défend à 11 dès qu’on mène d’un but et on cherche le résultat nul en déplacement ». L’autre élément expliquant cette chute a également été l’arrêt de Zamorano qui devenait âgé.
- Cette triste période semble désormais un mauvais souvenir comme peut le montrer cette qualification mais également le parcours des clubs chiliens en Copa Libertadores (voir le parcours de la ‘U’). Qu’est ce qui a changé au Chili pour expliquer ce retour ? Le championnat a-t-il progressé ? A quel niveau le placez-vous par rapport aux autres championnats sud-américains ?
Jaime Chile : Premièrement, on a une super génération de joueurs. Tous ont fait de superbes campagnes au niveau des moins de 20 ans et des moins de 23 ans que ce soit lors des qualifications de la zone sudam pour la Coupe du Monde, lors des coupes du monde des moins de 20 ans mais aussi des festivals espoirs de Toulon (2008 et 2009). Ils ont toujours terminé dans le dernier carré sud-américain en sélections de jeunes (Bravo, Medel, Jara Vidal, Carmona, Isla, Beausejour, Valdivia, Fernández, Sánchez, Suazo, González, etc).
Le second grand changement est notre sélectionneur actuel, Marcelo Bielsa avec son irrévérence et son jeu offensif. Il a apporté sa discipline aux joueurs mais aussi changé leur mentalité. Bien qu’on ait eu quelques mauvais résultats à la maison (contre le Paraguay ou le Brésil), il n’a jamais changé sa philosophie offensive.
Par contre, je ne ferais pas de lien direct entre sélection nationale et championnat chilien. La grande majorité de nos sélectionnés ne jouent pas au pays mais en Europe, au Mexique, au Brésil ou en Argentine. L’un des meilleurs joue aux Emirats Arabes. A mon avis, notre championnat est l’un des 5-6 meilleurs d’Amérique latine. Brésil, Argentine et Mexique sont les meilleurs mais après eux, Chili, Equateur, ou Pérou ne sont pas loin et progressent chaque année (si on se base sur les résultats continentaux).
{xtypo_quote_left}Bielsa a apporté sa discipline aux joueurs mais aussi changé leur mentalité{/xtypo_quote_left}
dxclaudio : Oui on a vraiment l’air d’aller mieux et c’est effectivement le résultat d’une combinaison entre une nouvelle génération de joueurs et un nouvel entraîneur venu apporter sa mentalité de gagneur. Après 98, les joueurs ont commencé à progresser et à jouer plutôt bien, de plus en plus de chiliens se sont expatriés en Europe et la compétition a commencé à devenir plus rude. C’est l’époque à laquelle Pizarro et Tello sont devenus nos meilleurs milieux de terrains et on émigrés en Europe. Tello s’est quelque peu effondré mais Pizarro a réussi à rester et s’est même imposé ces dernières années avec la Roma.
Tu nous demandes si quelque chose a changé et ce qui a réellement changé est notre mentalité. C’est en cela qu’on remercie Bielsa. Ce coach se moque éperdument de l’adversaire du Chili mais ne se préoccupe que d’entrer sur le terrain pour l’emporter pas seulement d’un petit but mais le plus largement possible. Il ne met jamais 9-11 joueurs pour défendre comme le faisait Acosta. Lorsqu’on a joué le Brésil pendant cette campagne de qualification, nous avons été meilleurs qu’eux. En fait, je dirais même qu’on s’attendait à remporter le match lorsque nous étions à 2-2 en seconde période. On poussait leur défense dans leurs derniers retranchements et on s’est pris deux contres qui ont fait deux buts en moins de 3 minutes. La nous avons appris que notre défense était faible, très faible. C’est d’ailleurs mon point de désaccord avec Bielsa : comme notre défense est faible, il ne devrait pas jouer en 3-4-3 comme il aime le faire : on devrait avoir au moins 4 défenseurs, en particulier face à ces machines à buts que sont les brésiliens.
- Justement, parlons de Bielsa : il a été désigné comme le principal responsable de la déroute argentine en 2002 (même si ses résultats furent meilleurs ensuite) et il a pris les rennes de la sélection chilienne en 2007. Comment El Loco est-il perçu au Chili et qu’a-t-il apporté à la sélection ?
Jaime Chile : Je pense que 90% des chiliens (si ce n’est 95%) l’adorent. Les autres ne font qu’attendre de voir ce qu’il va se passer durant la Coupe du Monde pour juger de son travail. Par exemple, Acosta n’a jamais eu plus de 50-50 voire 60-40 en terme de popularité bien qu’ayant été huitième de finaliste de la Coupe du Monde en 98.
Bielsa nous a amené sa mentalité de gagneur et son football offensif quel que soit le terrain où nous jouons (c’était jusqu’ici la grande différence). Historiquement parlant nous n’avons jamais été forts à la maison alors qu’en déplacement, on jouait mal et perdions souvent (sauf au Venezuela et en Bolivie). L’autre énorme changement, c’est la discipline sur et en dehors du terrain. Bielsa n’accepte aucune indiscipline dans ses équipes. Illustration de cela : Valdivia, notre joueur le plus talentueux à l’heure actuelle, attend depuis presqu’un an de pouvoir rejouer à cause du scandale de la Copa América 2007 (NDLR : une triste histoire d’alcool).
dxclaudio : Oui, les gens l’adorent. Quelques uns ne sont pas d’accord avec certaines de ses décisions, comme celle que je t’ai donnée plutôt et aimeraient aussi voir Valdivia sur le terrain à la place de Matiaz Fernández. Les passes de Valdivia sont absolument fabuleuses et on espère tous que Bielsa le réalisera avant la Coupe du Monde.
L’autre point, comme l’évoque Jaime Chile, c’est la discipline. Bielsa doit être un sacré instructeur car aucun joueur ne sort de son emprise en dehors. Des joueurs comme Vidal, Medel, Valdivia, Contreras sont tous restés groupés derrière lui. Un exemple de son intransigeance : Iturra a été appelé en sélection parmi les présélectionnés pour la prochaine Coupe du Monde. Il en a été exclu en moins de deux minutes après avoir failli blesser un joueur en match amical. Bielsa n’a aucune tolérance pour la bêtise et c’est ce qui fait que tous les chiliens l’adorent actuellement.
Au niveau du jeu, comme notre défense est faible, on presse fort au milieu. On ne laisse pas les autres équipes attaquer. La grande majorité des buts que l’on a encaissés contre le Venezuela, la Colombie ou le Brésil l’ont été sur des erreurs défensives. On tentait de démarrer une nouvelle offensive et suite à une mauvaise passe, l’adversaire avait scoré. Avec Bielsa, on a un jeu très risqué : nous ne dégageons que rarement le ballon, préférant développer un jeu de passe, ce qui marche très souvent mais qui peut avoir des conséquences terribles lorsque ça rate.
{xtypo_quote_right}On dirait que personne ne veut jouer le Brésil dans cette Coupe du Monde et qu’il serait plus facile de terminer premier du groupe plutôt que de battre le Brésil. Si on évite le Brésil, je pense qu’on peut aller en demies voire en finale{/xtypo_quote_right}
- Puisque nous parlons du jeu, abordons ainsi la Coupe du Monde. Que pensez-vous de votre groupe et quels sont les objectifs que vous fixez à votre sélection ?
Jaime Chile : C’aurait pu être pire mais c’aurait pu être mieux aussi. Ce qui est sur c’est que l’Espagne se qualifiera et que le Honduras apparaît comme le plus faible du groupe. Ainsi, notre plus grand rival pour la qualification devrait être la Suisse. Mais dans ce cas, notre adversaire en huitième serait probablement le Brésil ce qui signifierait une élimination pour nous. Le Brésil nous a battu deux fois pendant les qualifications et nous avait déjà éliminés en 98. Ensuite, si nous jouons contre le Portugal ou la Côte d’Ivoire en huitièmes, je pense qu’on pourrait se qualifier.
dxclaudio: Oui, je pense que l’idée générale veut que nous allons l’emporter devant le Honduras et la Suisse et que tout se jouera contre l’Espagne. On dirait que personne ne veut jouer le Brésil dans cette Coupe du Monde et qu’il serait plus facile de terminer premier du groupe plutôt que de battre le Brésil. Si on évite le Brésil, je pense qu’on peut aller en demies voire en finale, mais cela dépendra de l’adversaire.
Cela étant dit, il ne faut surtout pas sous-estimer le Honduras et la Suisse. Le Honduras a l’air vraiment bon et rapide. Ses attaquants sont grands et cela pourrait nous poser des problèmes à cause de notre défense qui est vraiment faible dans le domaine aérien.
- Nous l’avons déjà évoqué, la plupart des européens connait bien Zamorano et Salas lorsqu’il s’agit d’évoquer 98. Pour 2010, il ne semble pas y avoir de telle star internationale à part peut être Suazo. Si vous deviez nous conseiller de regarder attentivement quelques joueurs, lesquels choisiriez-vous ?
Jaime Chile : Mon joueur préféré est Gary Medel (NDLR : Boca Juniors), notre « pitbull », un mélange de guerrier et de technique. Il peut jouer derrière ou au milieu et est toujours bon. Ensuite, je vous conseille Jorge Valdivia. Très populaire et 90% des supporters de la Roja (dont moi) voudraient le voir dans le 11 titulaire à la place de Fernández. Mais Bielsa adore Fernández... Claudio Bravo est un gardien solide et sous estimé. Malheureusement il a été blessé pendant deux mois cette année. Ensuite il y a Alexis Sánchez : rapide, technique, talentueux et différent des autres. Parfois trop individualiste. Humberto Suazo : opportuniste et fort. Le meilleur buteur sud-américain qui revient tout juste de blessure. Il sera en forme pour la Coupe du Monde. Enfin, Waldo Ponce notre libéro. Excellent lors des qualifications, il peut aussi marquer quelques buts et tirer les coups francs. Quelques uns pensent qu’il est trop lent pour être titulaire.
dxclaudio : C’est sur que tout le monde se souvient de Za-Sa, j’aimerais que nous ayons encore une telle équipe avec deux tels attaquants. Cette équipe 98 était une grande équipe et j’aurais aimé qu’elle ait eu un autre coach.
Pour 2010 on a de bons joueurs. Pas comme ce duo, c’était des superstars. Là, nous avons des stars. Alexis Sánchez et Humberto Suazo sont les plus connus sur le plan international et tout le monde s’attend à voir Sánchez s’envoler vers un grand club après la Coupe du Monde lorsqu’il aura montré son talent au monde entier. Jorge Valdivia devrait en faire de même si la chance lui est donnée pendant la Coupe du Monde. Il n’est pas encore très connu car évolue aux Emirats depuis l’an passé. Mais en 2008, il jouait à Palmeiras et fut élu meilleur joueur au Brésil. Adoré par les fans de Palmeiras, vous trouverez de nombreuses vidéos sur youtube avec inscrit “Mago Volta” ce qui signifie “Reviens magicien” en portugais.
C’est ainsi que se conclut notre dossier consacré à la jeune et peu connue équipe chilienne. Histoire de réellement vous convaincre de la qualité de cette équipe, il suffit de rappeler que le Chili a terminé la campagne de qualification pour la Coupe du Monde à la seconde place, à un petit point du Brésil.



